ZIMBABWE (1996-1998)
Le Zimbabwe a une population de 15 millions d’habitants. Les langues officielles: anglais, shona, ndébélé, venda, nambya, shangaan, kalanga, southou et tonga. Groupe majoritaire: shona (54,8 %), Groupes minoritaires: ndébélé (12,3 %), anglais (3,2 %), manika (3,1 %), nyanja (3,1 %), kalanga (1,5 %), tonga (0,9 %), venda (0,7 %)... Langues coloniales: anglais et afrikaans. Le Zimbabwe est une république de l’Afrique centrale limitée à l’ouest par le Botswana, au nord par la Zambie, au nord-est et à l’est par le Mozambique, au sud par l’Afrique du Sud. Le Zimbabwe couvre une superficie de 390 759 km². Sa capitale est Harare. Le pays est divisé en huit provinces et deux villes à statut provincial (Bulawayo et Harare), chacune étant dotée d'une Assemblée provinciale et administrée par un commissaire nommé par le gouvernement central. Le Zimbabwe, une ancienne colonie britannique qui pratiquait l’apartheid lorsqu’elle s’appelait la Rhodésie, a acquis son indépendance politique en 1980. A la frontière entre la Zambie se trouve les chutes victoria.
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histoire
De nombreux vestiges
archéologiques et préhistoriques montrent que la présence humaine dans la région
est attestée dès 500 000 ans avant notre ère. On pense que les premiers
peuples du Zimbabwe était des Bochimans. L’établissement des agriculteurs de
langue bantoue aurait commencé au seuil de notre ère. Les ancêtres des Shona
furent probablement à l’origine de cette civilisation; ils entrèrent en
contact avec les marchands swahilis de la côte est africaine. Dès le XIIe
siècle, le travail du cuivre, comme le commerce de l’or et de l’ivoire, étaient
considérablement développés, ces produits étant exportés par le port de
Sofala, près de l’actuelle Beira au Mozambique. Ce fut également autour du
site de Zimbabwe que s’épanouit, à partir du XIVe siècle, le
royaume de Monomotapa qui connut une rapide extension territoriale, mais déclina
dès la fin du siècle suivant, après la mort du roi Matope en 1480. Les
Portugais, qui débarquèrent sur les côtes du Mozambique au XVIe siècle,
nouèrent des contacts, par l’intermédiaire de missionnaires notamment, avec
le Monomotapa. Le royaume devait disparaître après que son souverain eut, en
1608, cédé aux Portugais les mines d’or, d’étain, de cuivre et de fer,
situées sur son territoire. Au sud, l’État du Changamire prit la relève et
conquit presque la totalité de l’ancien royaume au XVIIe siècle.
À la fin du XVIIIe siècle, les Zoulous venus d'Afrique du Sud détruisirent
sur leur passage le royaume de Changamire. Un groupe zoulou dissident, les Ndébélé,
s’établit, vers 1830, dans le sud-ouest du pays, imposant sa domination aux
Shona.
La
colonisation britannique
Dans la seconde
moitié du XIXe siècle, la présence britannique et boer se renforça.
En 1888, le roi ndébélé Lobengula concéda des droits miniers au sud du Zambèze
à l’homme d’affaires britannique Cecil John Rhodes (1853-1902). L’année
suivante, Rhodes obtint (frauduleusement) du gouvernement britannique une charte
pour sa société, la British South Africa Company, pour
l’administration des territoires conquis en Afrique centrale et australe. La
compagnie de Rhodes favorisa la colonisation agricole, y compris vers les
territoires sur lesquels sa souveraineté ne s’étendait pas. Depuis,
la Rhodésie du Nord est devenue la Zambie, alors que la Rhodésie du Sud devint
le Zimbabwe en 1965. Dès le début de la colonisation britannique,
l'anglais et l'afrikaans s'imposèrent dans l'administration de l'État.
En 1890, fut fondée
Salisbury (aujourd’hui Harare). Jusqu’en 1897, une guerre opposa les Blancs
aux Ndébélés et aux Shona, qui furent finalement relégués dans des «réserves»;
et tout Africain devait être muni d'une «pass» (un laissez-passer) pour en
sortir. En 1895, le territoire ainsi colonisé fut officiellement baptisé Rhodésie.
C'est la compagnie de Rhodes qui administrait le pays,
avec son gouvernement particulier et ses propres lois coloniales. Peu
de temps après, les Shona s'allièrent aux Ndébélés, leurs ennemis
traditionnels, pour lancer la croisade appelée Chimurenga, c'est-à-dire
la «guerre de libération», qui sera mise en échec après l'arrestation puis
la pendaison de ses dirigeants.
Dès le début du XXe
siècle, les colons blancs voulurent se libérer de la tutelle de la British
South Africa Company; ils réclamèrent l’autonomie politique . En 1922,
consultés par référendum, ils écartèrent le rattachement à l’Afrique du
Sud et, l’année suivante, la Rhodésie, selon leur souhait, devenait colonie
de la Couronne, sous le nom de Rhodésie du Sud. Gouvernant seule, la minorité blanche mit en place un régime de ségrégation
raciale, comme en Afrique du Sud. À partir des années trente, le United Party
fit adopter des lois fondées sur le principe du développement séparé des
races. Conformément au modèle de l'apartheid sud africain, le Parlement
confisqua en 1934, au profit des Blancs, l’essentiel des terres, tandis que
l’habitat était territorialisé: ce fut l'apparition des townships,
c'est-à-dire des ghettos, situés en périphérie des villes qui «accueillaient»
les Noirs détenteurs d’un contrat de travail, tandis que les familles étaient
strictement maintenues dans les campagnes.

En 1953, le
gouvernement britannique créa une Fédération of Rhodesia and Nyasaland
regroupant la Rhodésie du Sud, la Rhodésie du Nord (l'actuelle Zambie) et le
Nyasaland (devenu le Malawi), qui favorisait la domination blanche. La Rhodésie
du Sud profita grandement de cette Union, car elle drainait les richesses minières
de la Zambie et les richesses agricoles du Malawi, afin de financer son propre développement.
Cette fédération devait être dissoute en 1963, un an avant l’indépendance
de la Zambie et du Malawi, sous la pression des mouvements nationalistes
africains. À cette époque, il existait deux types d'écoles publiques: l'une
en anglais pour les Européens, les Métis et les Asiatiques, et une autre en
shona ou en ndébélé pour la majorité africaine. Or, les pouvoirs publics dépensaient
au moins dix fois plus pour les enfants blancs que pour les enfants noirs. Il était
très difficile pour un enfant noir non seulement d'accéder, mais aussi de
progresser dans son sous-système éducatif. Par exemple, pour les enfants
blancs, l'enseignement était gratuit et obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans
et gratuit jusqu'à l'université, pour les noirs, les écoles n'étaient pas
obligatoires et n'étaient pas gratuites.
Par rapport à l'enseignement dispensé aux Noirs, celui dont bénéficiaient
les Blancs était plus riche et davantage conçu pour faciliter le passage de l'école
au monde du travail. Dans un tel système, les Noirs s'en trouvaient forcément
discriminés. La ségrégation, dont les Noirs étaient victimes, et le
mouvement d’accession à l’indépendance sur le continent africain encouragèrent
le nationalisme zimbabwéen. Dès 1957, Joshua Nkomo, dirigeant syndicaliste ndébélé,
avait fondé un Congrès national africain de Rhodésie du Sud, lequel fut
dissous deux ans plus tard par le gouvernement blanc.
Ce sont les Blancs, hostiles à tout partage du pouvoir avec les Noirs, qui
revendiquèrent d'abord le droit à l’indépendance du territoire zimbabwéen.
Après deux années de vaines négociations, le gouvernement blanc, dirigé par
Ian Smith, déclara unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie,
le 11 novembre 1965. Sous le régime de Ian Smith, les 220 000 Blancs accaparèrent
tout le pouvoir aux dépens des quatre millions de Noirs.
Le Royaume-Uni et
l’Organisation des Nations unies (ONU) refusèrent de reconnaître la Rhodésie
indépendante et décrétèrent un embargo commercial. L'union du peuple
africain du Zimbabwe de Joshua Nkomo et l'union nationale africaine du Zimbabwe
de Robert Mugabe furent interdites par le gouvernement de Smith, et leurs
dirigeants emprisonnés. Les nationalistes noirs engagèrent alors une lutte armée
contre le pouvoir minoritaire des Blancs, d'autant plus que celui-ci durcissait
son attitude envers les Noirs. Le gouvernement calqua sa politique sur le modèle
de l'apartheid.
La Rhodésie blanche dut subir les sanctions internationales. Après 1975, le
gouvernement de Smith se rendit compte qu'il lui faudrait désormais négocier
et choisit une position plus conciliante en engageant des pourparlers avec les
dirigeants noirs, libérés de prison. Croyant qu’en cédant à certaines
revendications Smith pourrait conserver l’essentiel de son pouvoir, il signa
un accord avec trois leaders noirs modérés, parmi lesquels l’évêque méthodiste
Abel Muzorewa, fondateur du Congrès national africain du Zimbabwe, en mai 1978.
La nouvelle Constitution de 1979, adoptée lors d’un référendum réservé
aux Blancs, permit un régime multiracial. À la suite des accords de Lancaster
House (1979), signés sous la pression de Margaret Thatcher, des élections
furent organisées sous l'égide du Royaume-Uni.

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Le régime de Robert Mugabe
Les élections
libres de février 1980 furent remportées par l'union
nationale africaine du Zimbabwe et Robert Mugabe forma un gouvernement de réconciliation
nationale au sein duquel étaient présents Joshua Nkomo et deux ministres européens.
L'appartenance de Mugabe à l'ethnie shona majoritaire semble avoir été décisive
dans sa victoire. La seconde indépendance du pays fut proclamée le 18 avril et
la Rhodésie prit officiellement le nom shona de Zimbabwe,
ce qui signifie la maison en pierre. Dans la première moitié des années
quatre vingt, quelque 250 000 Blancs émigrèrent vers l'Afrique du Sud.
Pourtant, la population blanche maintenait son hégémonie sur l’activité économique
et la possession des terres agricoles les plus riches. Les dispositions des
accords de Lancaster House ont été respectées: par exemple, le maintien d'un
quota de députés blancs au Parlement jusqu'en 1990 et la non expropriation des
fermiers blancs. Les fermiers blancs continuèrent de disposer de 70 % des
terres les plus fertiles du Zimbabwe, ce qui suscita des frustrations auprès de
la population noire. Puis le premier ministre Mugabe (un Shona, rappelons-le)
renforça son pouvoir au détriment de la minorité ndébélé qui fut durement
réprimée, et son armée dut affronter à plusieurs reprises l’aile armée de
la Zimbabwe African People's Union.
Le gouvernement
adopta une nouvelle politique visant à réorganiser et démocratiser le système
d'enseignement. Cette politique garantissait l'égalité de chances à tous, indépendamment
de la race, de la couleur, de la croyance ou du lieu d'origine, sauf en cas de
disposition contraire dans la loi. Le droit à l'éducation a été érigé en
droit fondamental pour tous les enfants et tous les adultes qui n'avaient pas reçu
d'instruction. Les écoles et les dispensaires se multiplièrent et le
rattrapage social devint une priorité. Mais c'est l'absence de changement et
une dégradation progressive de la situation économique qui firent rapidement
oublier l'euphorie de l'indépendance. L'opposition se développa à un point
tel que le gouvernement prévoyait en 1992 l’expropriation des terres possédées
par des Blancs et laissées en friche.
En mars 1996, Robert Mugabe fut réélu président. La minorité blanche qui,
rappelons-le, représentait 1 % de la population possédait encore 70 % des
terres arables, ce qui excluait de la croissance la grande majorité des masses
rurales. En 1998, plusieurs «émeutes de la faim», provoquées par un taux de
chômage touchant 45 % de la population et la chute de la monnaie nationale, ébranlèrent
fortement le pouvoir, qui rendit les 70 000 fermiers blancs responsables de la
situation. À la corruption dénoncée par l'opposition s'est ajouté
l'autoritarisme du pouvoir. Le président Mugabe apparut de plus en plus rejeté
par une population qui a vu s'enrichir une élite âgée refusant les
changements. Selon les statistiques officielles, entre juillet 2000 et novembre
2001, l'État zimbabwéen saisit six millions d'hectares de terres agricoles
pour les redistribuer à quelque 200 000 familles noires. Dans un contexte de
crise, les élections de 2000 ont conduit pour la première fois au parlement 58
députés de l'opposition sur 120 sièges, alors que le président Robert Mugabe
annonçait sa décision de se retirer en 2002. Mais ce n'est pas ce qui s'est
passé! Au contraire, Mugabe a tout fait pour pour remporter l’élection présidentielle
de 2002. Il a fait adopter des lois anti-opposition, il musela la presse et le
pouvoir judiciaire, entreprit des campagnes d’intimidation et de répression
et expulsa les observateurs internationaux. Il finit par remporter le scrutin de
mars 2002 avec 56 % des voix. Robert Mugabe ne serait pas hostile à ce que le
Parlement le nomme président à vie, ce qui lui éviterait d’avoir à se représenter
à l’issue de son mandat en 2008. Selon toute vraisemblance, le Zimbabwe
devrait continuer à être privé de l’aide internationale, sauf pour l’aide
alimentaire d’urgence qui, pour le moment, permet au pays d’éviter de
sombrer dans la famine. En attendant, le Zimbabwe devrait s’enfoncera
davantage dans une crise dont la seule issue semble être le départ de Robert
Mugabe, l’un des derniers dictateurs africains.