L'Argentine
est un pays d'Amérique du Sud, qui s'étend dans la partie méridionale du
continent, des Andes à l'océan Atlantique. Le Pays est limité au nord par la Bolivie et le Paraguay,
à l'est par le Brésil, l'Uruguay et l'océan Atlantique, et à l'ouest par le Chili.
Sa superficie est de 2.778.417 km².
Le territoire de la Terre de Feu (Tierra del Fuego), qui comprend la moitié orientale de la Grande île de la
Terre de Feu et plusieurs îles contiguës, dont l'île des États, fait partie
de l'Argentine. La capitale est Buenos
Aires.
Géographie
On
distingue généralement quatre zones : La Pampa au Centre constituée de
plaines fertiles. Le
Chaco au nord constitué de plaines plus sèches, donc beaucoup moins riches. La
Patagonie qui s'étend sur un gros quart sud du pays (28%), jusqu'à la Terre de
feu. La région de la Cordillère des Andes à l'ouest et limitrophe au Chili, zone très élevée qui culmine à 6 960 mètres
avec le mont Aconcagua. Parmi les grands fleuves, citons le Paraguay, Bermejo, río
Negro, río Colorado, Uruguay, ainsi que le Paraná qui est le plus grand fleuve
d'Argentine. Les fleuves Paraná et Uruguay coulent vers l'océan Atlantique et
se rejoignent pour former l'estuaire du río de la Plata. Le
climat est généralement tempéré, mais on rencontre toutefois un climat
subtropical dans le nord et aride/subantarctique dans l'extrême sud.
Histoire
de l'Argentine
L'Argentine
des origines était peuplée, avant l'arrivée des Espagnols, de quelques rares
tribus indiennes, dont certaines, dans le nord, faisaient partie de l'Empire
Inca.
C'est en février 1516 que le navigateur espagnol Juan Díaz de Solís débarqua,
le premier, dans la région du Río de La Plata. La véritable colonisation ne
commença qu'en février 1536, avec l'arrivée d'un gouverneur militaire
espagnol pour l'ensemble de la région, Pedro de Mendoza. La même année fut
fondée la ville de Buenos Aires. Les Espagnols, déjà établis au Paraguay et
au Pérou, commencèrent à peupler le territoire situé entre le fleuve Paraná
et la rivière Paraguay.
En 1620, la région de La Plata fut rattachée à la vice-royauté du Pérou.
En 1776, le territoire occupé par l'Argentine, la Bolivie, le Paraguay et
l'Uruguay fut séparé du Pérou afin de constituer la vice-royauté du Río de
La Plata, dont Buenos Aires devint la capitale.
Le
pays fut colonisé au XVIe et XVIIe siècles par les
Espagnols. Des mouvements d'opposition apparurent déjà en 1810, mais l'indépendance
ne fut déclarée qu'en 1816. Une constitution
fut proclamée en 1853, après la fin de la dictature de Rosas. Les présidences
se succèdent entre 1930 et 1983, sur seize présidents, onze sont des
militaires et plusieurs sont "présidents de fait" (par opposition à
président élu). Perón parvint au pouvoir après la fin de la Seconde Guerre
mondiale.
De
1976 à 1983, le pays fut gouverné par une junte militaire qui prit fin après
l'humiliante défaite face aux Britanniques aux îles Malouines. Depuis lors,
plusieurs présidents se sont succédé : Raúl Alfonsín (1983-1989),
Carlos Menem (1989-1995 et 1995-1999), Fernando de la Rúa (1999-2001).
En
2001, l'Argentine est en proie à de graves problèmes économiques. Les
manifestations de mécontentement, ou casserolades, se succèdent en décembre
2001, suite à l'annonce de nouvelles mesures d’austérité. Les plus démunis
en sont réduits à la famine ou au pillage de magasins. La crise provoque une
fuite de capitaux qui est jugulée par un gel des dépôts bancaires et des
restrictions sur les retraits d'argent imposé par le gouvernement, ce qui
provoque la colère des classes moyennes et des manifestations massives.
Certains ne reçoivent plus de salaire, la population rencontre des difficultés
à s'approvisionner. La répression cause 31 morts, mais le pouvoir est
contraint de céder : le ministre des finances est relevé de ses
fonctions, le président finit par démissionner. Le gouvernement, le FMI et la
dollarisation du peso sont les thèmes les plus critiqués. Le
6 janvier 2002 le nouveau gouvernement procède à une dévaluation du peso de
28% par rapport au dollar.
MENDOZA
FIAMBALA
Les
sources d'eau chaude de Fiambala à flanc de montagne sont une succession de
piscines dont la plus proche de la source est a 43°C. Les anciens forts de
Quilmes, ruines incaïques et pré incaïques de la civilisation Santa Mariana
(1000 1480). La ville s'étend de la plaine à mi-hauteur d'un cirque
montagneux. Le
lac de Brèalito est situé dans une vallée, côtoyé
par les bergers et leurs troupeaux de moutons et de chèvres. Rencontre
avec un troupeau de vigognes, le plus petit animal de la famille des camélidés,
vivant dans les étendues herbeuses des hauts plateaux Andins. Pouvant vivre
jusqu'à 5900 mètres la vigogne est un animal timide dont la toison donne une
laine d'excellente qualité. La piste s'élève jusqu'au col de Del Molino 3348
mètres, la végétation a pratiquement disparu, la descente vers Salta par la
piste est impressionnante.
Salta ville
située à 1200 mètres d'altitude, très animée avec de nombreuses boutiques,
et de jolies places. Très dépaysante, la visite du marché couvert avec tous
ses étals. La cathédrale San Francisco très colorée de couleur ocre rouge
est enrichie de nombreuses dorures et de
colonnes blanches qui donnent à l'ensemble un caractère irréel.
TALAMPAYA
Talampaya
des canyons de pierre rouge orangé se dressent au dessus du désert. Le site
est un dédale de couloirs creusés par les eaux d'un fleuve aujourd'hui
disparu. Les plus hautes parois, presque totalement lisses d'apparence
relativement friable culminent à plus de 140 mètres de hauteur. De nombreuses
peintures rupestres témoignent du passage des premiers indiens il y a 3000 ans.
Ces falaises sont régulièrement survolées par des condors qui nichent à
leurs sommets.
VALLÉE
CALCHAQUIES
Les
vallées Calchaquies et Quebrada de Cafayate de couleur feu sont parmi les plus
spectaculaires paysages naturels d'Amérique du sud. Sculptées par le vent et
l'eau des silhouettes fantastiques de couleur rouge et verte se détachent sur
la majesté des Andes. La région de Cafayate est réputée pour ses vignobles.
IGUAZU
Le
Rio Iguaçu, rivière du Brésil, affluent du Paraña long de 1210 Km prend
naissance près de la côte atlantique dans le sud-est du Brésil. Il coule en
direction de l'ouest jusqu'à son point de confluence avec le Paraña. La rivière
forme une partie de la frontière entre l'Argentine, le Brésil et le Paraguay.
Les chutes Iguaçu sont situées à environ 25 Km du point de confluence. C'est
l'une des merveilles naturelles d'Amérique du sud.

Cordillère : général - données physiques - variété écologique - occupation du sol - Carte des Andes
Les
chaînes : chaînes linéaires et péricratoniques
Altiplano : données générales - Carte de l'Altiplano
Argentine : barrière des Andes
- Carte des Andes
argentines
Pérou : Carte des Andes péruviennes
Venezuela : général
- Carte de Patagonie
Lac
Titicaca : général
- Carte régionale du Lac
Titicaca - Carte du Désert
d'Atacama
De toutes les chaînes qui entourent le
Pacifique, la Cordillère des Andes est l’élément le plus important, à la
fois par sa longueur (8000 Km environ ), sa continuité et son extension en
latitude sur 66° (de 11° de latitude nord à 55° de latitude sud ). Ces montagnes, souvent étroites, notamment dans le sud où
elles ne dépassent guère 100 à 150 km de largeur, forment une barrière qui
borde l’Amérique du Sud en lisière de l’océan Pacifique. Les Andes
recoupent donc les zones équatoriale, tropicale, subtropicale et tempérée.
Ainsi, à l’étagement en altitude et aux facteurs habituels d’exposition
propres à toutes les montagnes s’ajoute la zone en latitude qui contribue à
multiplier les situations climatiques. La Cordillère est donc un exemple,
unique au monde, d’une grande chaîne où l’on trouve tous les climats, à
l’exception des climats polaires. Mais les Andes sont d’abord les grandes
montagnes de l’Amérique tropicale dont l’étagement permet, sur de courtes
distances, les activités agricoles et pastorales les plus diverses, de celles
du climat chaud, sec ou humide à celles des zones froides.
Les
Andes furent le plus ancien foyer de peuplement du continent et l’un des
domaines les plus peuplés de l’Amérique tropicale avant l’arrivée des
Espagnols. Elles restent le siège d’une forte paysannerie où subsistent, de
l’Equateur à la Bolivie, des masses indiennes qui, cependant, depuis
plusieurs décennies, prennent peu à peu le chemin des cités du bas pays.
Trois des six capitales andines furent fondées, par les Espagnols au XVIe siècle, à plus de 2500 m d’altitude: Bagota, Quito, La Paz (cette dernière
construite à 3700 m ). À Lima comme à Santiago, villes de piémont, les Andes
forment l’arrière plan des paysages.
De
nos jours encore, on regroupe parfois sous la dénomination d’états andins le
Venezuela, la Colombie, l’Equateur, le Pérou, la Bolivie et le Chili. La chaîne
des Andes est certes présente dans tous ces pays, mais son importance dans les
paysages et sa place dans la géographie ne sont pas les mêmes pour les six États.
À cet égard, on doit faire la distinction entre les Andes tropicales, anciens
foyers de peuplement du continent qui continuaient à rassembler dans les années
quatre-vingt 60% des populations de la Colombie à la Bolivie, soit une
quarantaine de millions d’habitants, et les Andes subtropicales sèches et
tempérées d’Argentine et du Chili, montagnes presque vides à proximité de
bassins du piémont densément occupés, surtout dans le Chili central. À des
degrés divers, comme toute l’Amérique de langue espagnole, ces pays en voie
de développement sont sous la houlette des États-Unis.
Ce sont des États «moyens» tant en superficie qu’en population: le Venezuela comptait en 1991 près de 20 millions d’habitants sur 912050km², la Colombie 33,5 millions d’habitants sur 1138338 km² l’équateur 11 millions d’habitants sur 270670 km² le Pérou près de 23 millions d’habitants sur 1285215 km² la Bolivie 7 millions d’habitants sur 1098581 km² , le Chili enfin près de 18 millions d’habitants sur 756945 km². La croissance démographique est restée forte au cours des dernières décennies (proche de 3 % dans les pays andins tropicaux, inférieure à ce taux au Chili) et elle s’accompagne d’un gonflement des villes: 85% de la population du Venezuela est urbaine, 80% de celle du Chili, seule la population de la Bolivie est encore rurale à 50%. Ces quelque 110 millions d’habitants des pays andins en 1991 sont répartis inégalement dans l’espace, des noyaux densément peuplés voisinent avec des espaces vides, et si le quotient annuel par habitant du produit national brut (P.N.B.) calculé en dollars est un élément de comparaison entre les états, il rend particulièrement mal compte de l’inégale répartition des ressources entre les habitants. Structures sociales et économiques font de ces états des pays en voie de développement, bien que des mentions particulières doivent être faites à propos du Venezuela, pays pétrolier dont le P.N.B. par tête était en 1989 de l’ordre de 2500 $, et à propos du Chili où il était de 2000 $ environ tandis que le Pérou, l’Equateur et la Colombie faisaient partie des pays dont le P.N.B. par habitant se situait aux environs de 1000 $ par an, et que, en Bolivie, ce dernier avoisinait les 600 dollars.
La
genèse
Les
Andes sont l’une des guirlandes montagneuses qui s’enroulent autour du
Pacifique. Elles sont bordées dans l’océan, par des fosses profondes qui
forment en quelque sorte le négatif sous-marin des reliefs terrestres. La
structure des Andes est très différente de celle des Alpes.: Les mouvements
verticaux l’emportent sur les mouvements tangentiels, les nappes de charriage,
importantes dans les Alpes comme dans l’Himalaya, sont ici absentes.
L’interprétation
de la genèse de la chaîne andine devient maintenant plus intelligible grâce
à la tectonique des plaques. Le dispositif d’ensemble des Andes centrales et
méridionales (de 2° de latitude nord à 41° de latitude
sud) est celui d’une chaîne «liminaire », c’est-à-dire édifiée sur une
marge continentale active où se produit la subduction de la plaque océanique
pacifique sous la plaque continentale sud-américaine. Le «cycle andin »,
marqué par le rapprochement des deux plaques et la subduction de la plaque
pacifique sous celle de l’Amérique du Sud commence au Permien il y a 230
millions d’années. La chaîne andine se construit sur la bordure occidentale
«sialique» de la plaque d’Amérique du Sud et sur une chaîne hercynienne
qui repose elle-même sur un substratum précambrien métamorphique.
Le
cycle andin comporte deux grandes phases. Une phase de sédimentation
caractérisée par un magmatisme synsédimentaire calco-alcalin et une sédimentation,
en partie marine, en partie continentale, qui s’effectue dans des bassins en
distension du substratum sialique. Dans les bassins s’accumulent des
calcaires, des grès et des quartzites, des pélites qui affleurent actuellement
dans les régions centrales des Andes. La deuxième partie du cycle, un peu plus
courte mais qui se poursuit actuellement, comporte une succession de phases de
compression, donc de plissements, séparées par des épisodes plus longs de
distension au cours desquels se mettent en place des batholites, comme celui
qui est parallèle à la côte centrale du Pérou. Des bassins subsidents,
subparallèles à la marge du Pacifique, situés dans l’intérieur de la chaîne,
se remplissent de dépôts terrigènes comme dans les bassins tertiaires de
l’altiplano où l’on mesure 8000 m de roches détritiques.
Quatre
phases majeures de compression se placent au Crétacé terminal, à la fin de
l’éocène, au Miocène et au Pliocène. Les épisodes de distension sont
marqués par la surrection des secteurs antérieurement plissés et par un
magmatisme calco-alcalin accompagné de phénomènes volcaniques. Corrélativement
se développent des aplanissements qui tronquent les reliefs, comme ceux de la
«surface d’érosion de la puna», maintenant portée à plus de 4000 m, et
qui s’est élaborée à plusieurs moments, de l’oligocène au Pliocène.
Il
n’y a pas de relations évidentes entre l’orogenèse – processus créateur
de relief – et la subduction de la plaque océanique. La géophysique montre
que la racine sialique des Andes centrales est particulièrement volumineuse. On
peut admettre ici que la surrection est due à des apports de produits légers,
du Sial, qui proviennent de la plaque océanique en subduction. La surrection
serait donc à mettre en rapport avec la poursuite de la subduction qui
s’accompagne d’un volcanisme et d’une séismicité active. Le volume de la
chaîne andine est pour l’essentiel mio-pliocène, c’est-à-dire qu’il
s’est formé au cours des douze derniers millions d’années. Actuellement
des massifs continuent de se soulever, comme la Cordillère blanche, tandis que
l’on enregistre des phénomènes localisés de subsidence.
Aux
deux extrémités de la chaîne s’effectuent des transitions avec les
guirlandes antillaises. Les styles tectoniques changent, mais sont assez
semblables au nord comme au sud.
Au
nord, en Colombie et au Venezuela, on distingue un secteur oriental construit
comme les Andes centrales sur un socle précambrien et paléozoïque et une
partie occidentale composée de roches basiques et ultrabasiques, mise en place
lors d’une phase de distension morcelant la bordure occidentale du continent.
Cette phase pourrait être mise en rapport avec l’ouverture de l’atlantique
Nord , le mouvement relatif des plaques sud et nord-américaines devenant alors
le facteur déterminant du développement des Andes septentrionales. Ces roches
basiques pourraient soit s’expliquer par une mise en place entre les blocs
sialiques disjoints, soit être des éléments d’un panneau du toit de la croûte
océanique accolé au continent.
Pour
les Andes septentrionales le calendrier n’est pas le même que pour les Andes
liminaires, phases à l’albien inférieur, à l’éocène inférieur, au
cours de l’oligocène et au Mio-Pliocène. Le plissement migre vers l’est au
cours des phases, d’où l’incorporation progressive des zones externes à la
chaîne andine. Ici les grandes cordillères bien individualisées de Colombie
orientale, centrale et occidentale, constituent autant de compartiments séparés
par des failles subverticales qui jouent parfois en décrochement. Le soulèvement
est pour l’essentiel de la fin du Tertiaire et du Quaternaire et
s’accompagne de la mise en place des volcans sur la Cordillère centrale dont
certains sont encore actifs.
A
l’extrémité sud du continent, on retrouve des caractéristiques semblables
dans la cordillère de Magellan qui se poursuit dans l’arc de Scotia et
rejoint l’Antarctide. Ainsi aux deux extrémités des Andes liminaires à andésites
préorogéniques, édifiées sur une croûte sialique, on passe à des systèmes
montagneux intermédiaires, les ophiolites et les charriages apparaissent.
C’est là une différence fondamentale avec les Andes centrales où les roches
vertes sont absentes, où les mouvements tangentiels sont d’une ampleur limitée,
mais où en revanche les manifestations volcaniques sont importantes. Autre
caractéristique des Andes centrales, l’extension des surfaces planes en haute
altitude: plateaux des punas et altiplanos qui se tiennent à plus
de 3500 m, héritages des aplanissements tertiaires et des remblaiements des
hauts bassins pris dans le grand soulèvement andin mio-pliocène.
Le
relief actuel
Selon
la date et l’ampleur des dernières manifestations tectoniques, l’importance
du volcanisme récent et la répartition des volumes durs et des volumes
tendres, les Andes ont des aspects orographiques très différents.
Les
Andes de Mérida, au Venezuela, sont un grand voussoir, culminant à 5000 m,
dont l’axe gneissique est flanqué de séries mésozoïques. Elles sont coupées
de fossés longitudinaux dont le plus remarquable est celui du Chama. Il semble
qu’une partie du soulèvement et, consécutivement, de l’affaissement des dépressions
médianes soit quaternaire.
Les
Andes colombiennes se divisent, au nord du nœud de Pasto, en trois grands
rameaux qui s’épanouissent en éventail vers le nord. Ils sont séparés par
de grandes vallées qui s’élargissent en plaines débouchant dans la mer des
Caraïbes.
En
Colombie, l’orographie ne coïncide pas avec les grandes divisions
structurales, où l’on distingue deux secteurs: le secteur oriental et le
secteur occidental.
La
Cordillère orientale est formée de séries paléozoïques coupées de
batholites qui affleurent surtout sur le flanc de la montagne ployée par la
flexure qui domine les Llanos. Le Paléozoïque est recouvert en
discordance par des couches secondaires et tertiaires sédimentaires, ployées
en larges synclinaux séparés par des anticlinaux étroits et cassés. Les
cuvettes synclinales sont parfois remplies de dépôts lacustres
plio-quaternaires, comme dans la haute plaine de la «savane» de Bogota. Les
mouvements verticaux sont ici d’une grande ampleur, ils dépasseraient 2000 m
depuis le Pliocène.
La
vallée de la Magdalena, installée dans une dépression subsidente, où des sédiments
tertiaires sont localement plissés, sépare la Cordillère orientale de la
Cordillère centrale.
Celle-ci
comporte un domaine structural oriental et un domaine structural occidental. Au
premier appartient un socle composé des séries sédimentaires et volcaniques,
plissées, métamorphisées et coupées de batholites. De grands volcans récents
qui constituent, à plus de 5000 m, les plus hauts sommets de la Cordillère,
sont posés sur ce socle. Les chaînes plissées dans un matériel tendre,
flysch et marnes, appartiennent au domaine occidental. Les plus hauts
sommets de la Cordillère, sont posés sur ce socle. Les chaînes plissées dans
un matériel tendre, flysch et marnes, appartiennent au domaine occidental.
La
Cordillère occidentale, plus basse, est un vaste anticlinorium, parfaitement
linéaire. Dans son axe, des roches triasiques sont traversées de diorites, par
ses traits structuraux, cette chaîne externe est plus proche des chaînes du
domaine caraïbe que de celle du domaine andin. À l’ouest du syndical de l’Atrato,
la Cordillère de la côte se présente plus comme un alignement de collines où
affleurent des roches sédimentaires du Crétacé au milieu du Tertiaire que
comme une chaîne continue, c’est un avant-pays qui se raccorde aux reliefs de
l’Amérique centrale.
L’une
des caractéristiques des Andes colombiennes reste l’existence de grandes vallées
intra montagneuses qui s’élargissent en vastes plaines dont les altitudes
sont inférieures à 500 m. Ce sont les vallées de la Magdalena, du Cauca, du
San Juan et de l’Atrato qui sont généralement des secteurs subsidents entre
des montagnes en exhaussement. À l’intérieur même des Cordillères, des
bassins de quelques centaines de kilomètres carrés constituent des secteurs
privilégiés pour l’occupation humaine. La sabana de Bogota en est un
exemple.
Entre
le nœud de Pasto, en Colombie, et le col du Porcullo dans le nord du Pérou,
les Andes qui traversent la république de l’Equateur sont formées par deux
axes montagneux couronnés de grands volcans plio-quaternaires. Ils sont séparés
par une dépression centrale élevée, mais morcelée en une série de bassins
tapissés de cendres facilement ravinées. Les épanchements volcaniques
masquent une grande partie du soubassement où l’on retrouve des séries paléozoïques
plissées et métamorphisées, surtout dans la Cordillère orientale. Ces séries
sont recouvertes en discordance par des grès et des calcaires du Mésozoïque
qui, plissés à la fin du Secondaire, ont été localement aplanis au Tertiaire
avant d’être noyés sous les laves et les cendres. Le Quaternaire a vu se
transformer la physionomie des Andes équatoriennes. Les grands appareils
volcaniques se construisent (Chimborazo, Cotopaxi), des blocs se soulèvent,
d’autres s’affaissent.
Les
Andes centrales péruano boliviennes sont plus larges au sud qu’au nord, plus
élevées et massives également. Elles ont leur ampleur maximale en Bolivie
(400 à 500 km de large) et les points les plus bas de l’altiplano se trouvent
encore à 3600 m. Au sud du 8e parallèle austral, aucun col ne
permet le franchissement à moins de 4000 m. La barrière andine est ici sans créneau.
En revanche, entre le 5e et le 8e parallèle, les sommets
ne dépassent qu’exceptionnellement 5000 m et des brèches s’ouvrent dans la
montagne à moins de 3000 m. Vers l’ouest, les plis calcaires et gréseux se
succèdent comme des tuiles sur un toit incliné vers le Pacifique et sont traversés par des grano-diorites crétacées. Dans la
partie médiane alternent des plateaux gondolés, des bassins et des vallées
profondément encaissées, comme celle du Marañon, immense coupure complexe qui
tranche les Andes sur 500 km de longueur du sud sud-est vers le nord nord-ouest.
Dans la vallée affleurent peut-être les éléments précambriens, mais surtout
le géanticlinal paléozoïque revêtu par plaques, d’une couverture mésozoïque.
À l’est de la rivière, des cuvettes et des montagnes aux formes lourdes sont
dominées par des barres orientées.
Les
Andes, à la latitude de Lima, comprennent de hauts plateaux creusés de bassins
tapissés de dépôts quaternaires, des chaînons orientés dans le Paléozoïque
à l’est, des plis calcaires échelonnés à l’ouest, ou des blocs à noyau
cristallin comme la Cordillère blanche qui aligne sur 150 Km des sommets dont
une quinzaine dépassent 6000 m. Les plateaux centraux sont généralement
couronnés par la surface d’érosion de la puna qui recoupe les plis de
la couverture mésozoïque ou les volumes paléozoïques. Les vallées, souvent
profondes de 2500 m, en forme de V, s’enfoncent, sur le versant pacifique,
dans une couverture volcanique tertiaire, dans les plis des séries secondaires
et dans un long batholite qui date de la fin du crétacé, sur le flanc
amazonien, dans les séries paléozoïques coupées de masses granitiques. À
l’est de la grande flexure qui limite les Andes vers l’Amazonie, on trouve
les chaînes préandines, anticlinaux étroits et dômes cassés séparés par
de très amples cuvettes où se sont entassés au cours du Tertiaire des
milliers de mètres de sédiments pélitiques et de grès rougeâtres tendres.
Dans le sud du Pérou, la grande montagne est précédée en lisière du
Pacifique par un bourrelet faillé, morcelé, où affleurent des éléments précambriens,
paléozoïques et jurassiques. Cette «Cordillère de la côte» qui se poursuit
au Chili est généralement séparée de la flexure qui limite les Andes à
l’ouest par des bassins de piémont remplis de dépôts détritiques
continentaux arrachés aux Andes à la fin du Tertiaire et au Quaternaire, et
inter stratifiés de cinérites. Parfois le fond des cuvettes est tapissé de séries
marines tendres de l’Oligo-miocène.
Les
Andes proprement dites comprennent:
–Une Cordillère occidentale, couronnée de
grands volcans et tapissée de laves. Son soubassement est formé de séries sédimentaires
et volcaniques mésozoïques plissées, pénétrées de batholites. L’ensemble
s’est soulevé en un immense bombement mio-pliocène;
–Une Cordillère orientale où les
principaux massifs couverts de glaciers au-dessus de 5000 m sont formés de
schistes paléozoïques, de granites ou de rhyolites. Ces hautes montagnes
dominent des plateaux disséqués où la surface de la puna ne subsiste
qu’à l’état de lambeaux. Les massifs culminants sont-ils des horsts ou des
reliefs résiduels? La réponse paraît varier selon les cas. La flexure
orientale, qui ploie de très importantes masses schisteuses paléozoïques, est
flanquée, à l’est, de chaînons étroits séparés, en Bolivie, par des
cuvettes qui s’allongent parallèlement aux Andes, ce sont là des reliefs
d’avant-pays.
–Des plateaux centraux, à plus de 4000 m, volcaniques à l’ouest, où
affleurent des séries sédimentaires à l’est, encadrent une haute plaine
large de 150 Km en Bolivie. Cet altiplano est tapissé de dépôts
lacustres et fluviatiles quaternaires, c’est au point de vue structural une
zone de subsidence où se sont entassés au cours du tertiaire des milliers de mètres
de sédiments en alternance sur les marges avec des coulées volcaniques.
Les
Andes chiléno-argentines, orientées du nord au sud sur près de 4000 Km,
s’amincissent dans la partie méridionale du continent, elles sont plus étroites,
plus morcelées et plus basses en Patagonie qu’au niveau de Santiago. La barrière
est ici particulièrement impressionnante. Les crêtes aux formes lourdes bien
qu’aérées par des criques glaciaires, culminent à 7000 m à l’Aconcagua.
La retombée des montagnes du côté pacifique est brutale, elle est cependant
burinée par des vallées encaissées qui débouchent dans des plaines de piémont
allongées parallèlement à la chaîne. Ces dépressions préandines sont séparées
de l’océan par une Cordillère de la côte, constituée de plateaux étroits
et faillés. Sur le versant argentin, les bassins de piémont sont étendus. Ils
sont séparés de la Pampa par des massifs, dont les uns sont des chaînons
plissés, continuation méridionale des précordillères boliviennes, les autres
les restes d’une chaîne hercynienne oblique à la direction méridienne des
Andes.
Dans
les Andes chiliennes, on retrouve des granites d’âges divers, paléozoïques,
jurassiques, crétacés et même tertiaires, des séries paléozoïques plissées
et métamorphisées, une importante dalle porphyrique jurassique et des
calcaires mésozoïques. La plupart des grands sommets sont des volcans, du
Sajama à l’Osorno. Les fréquents tremblements de terre témoignent de
l’instabilité tectonique actuelle de cette région du monde où l’on trouve
les plus grandes dénivellations entre la ligne de faîte des cordillères et
les grands fonds océaniques.
Le
sud des Andes comporte encore des montagnes aux formes vigoureuses comme le Fitz
Roy, flamme granitique qui, bien qu’il ne dépasse guère 3000 m, fait figure
de très grande montagne, mais les sommets ne sont plus ici, comme dans les
Andes tropicales, posés sur un socle de plateaux élevés. Les Andes se
terminent dans le Pacifique par une série de couloirs d’effondrement. Des
lacs mitoyens entre l’Argentine et le Chili sont à des altitudes voisines
du niveau de la mer.
2. Variété écologique et morpho climatique
La
structure, lato sensu, donne aux montagnes leur volume, mais ce sont les
climats et la végétation qui marquent leurs empreintes sur le modelé, qui
apportent les éléments colorés, facteurs importants dans
l’individualisation des paysages. Or, on l’a vu, les Andes, aux latitudes
intertropicales et moyennes, baignent dans des climats très différents. On
peut y distinguer: les Andes fraîches et humides du sud du Chili, les Andes sèches
tropicales et subtropicales, les Andes tropicales et équatoriales arrosées. À
ces grandes divisions il convient d’ajouter les différences dues à l’étagement
en altitude et à la position.
Les
Andes fraîches et humides du sud du Chili
La
côte, orientée nord-sud comme les reliefs montagneux, reçoit de plein fouet
les vents d’ouest qui soufflent presque toute l’année. Le sud des Andes est
sur la trajectoire des dépressions qui suivent les oscillations du front
polaire. L’extrême Sud, pourtant situé à des latitudes comparables à
celles de l’Angleterre, a une température moyenne annuelle qui ne dépasse guère
5°C, les hivers sont neigeux et venteux, les étés restent frais et
humides. Des glaciers, bien qu’en recul, peuvent s’accrocher sur les reliefs
de plus de 1000 m. Certains s’étalent en glaciers de piémont, réponse
australe au glacier de Malaspina de l’hémisphère Nord. Les lacs, qui
occupent des cuvettes creusées par les glaciers quaternaires ou des dépressions
tectoniques réaménagées par la glace, sont très nombreux. Les tourbières
ont une grande extension. C’est aussi le début du domaine de la forêt à Notofagus (hêtres du continent américain), les arbres, dans le Sud sont rabougris et
courbés par le vent. Lors des éclaircies dans la grisaille des brumes, le
paysage peut être somptueux, montagnes travaillées par les glaciers, les lacs
et fjords, basses forêts ou prairies. Le versant argentin est plus à l’abri,
il est plus sec et froid en hiver, mais la chaleur estivale y est plus marquée.
Au
nord du 45e parallèle, les températures sont plus élevées, les précipitations
moins constantes et les vents moins violents. C’est le secteur de la grande
forêt tempérée australe, à Notofagus et Araucarias. Mais
cette forêt est en voie de destruction et cède le pas aux pâturages à
moutons. Des volcans comme l’Osorno se dressent au-dessus des collines et dépressions
de la frange pacifique.
Courte
transition entre le Chili humide et frais et le Chili subtropical aride, la
partie centrale du pays bénéficie d’un climat méditerranéen. Les pluies,
dans la dépression de Santiago qui n’en reçoit que 350 mm, tombent entre mai
et septembre, c’est-à-dire en hiver. À la même époque, au-dessus de 2000
m, la montagne se couvre d’une couche de neige qui permet la pratique du ski (Portillo).
Mais, dans ces montagnes déjà sèches, les glaciers se tiennent généralement
au-dessus de 3500 m. À 3800 m, sous le 35edegré de latitude sud, la
température moyenne annuelle est de -1°C, elle s’abaisse en
juillet à -8°C.
Les
Andes intertropicales
Dans
les Andes intertropicales on insiste souvent avec raison sur l’importance de
l’étagement qui est particulièrement développé en raison de l’ampleur du
volume montagneux et des températures élevées à la base de la montagne. On
trouve toute la gamme des situations liées au froid et au chaud, au sec et à
l’humide, au pentu et au plat, d’où une grande diversité d’écosystèmes.
Les
étages classiquement reconnus sont: l’étage chaud, où les températures
moyennes annuelles sont supérieures à 22°C, de 0 m à 800-1000 m,
l’étage tiède, de 800-1000 m à 1600-1800 m (températures entre 22°C
et 18°C); l’étage tempéré (températures entre 18°0C
et 14°C) de 1800 m à 2800 m, l’étage frais (températures entre 15°C
et 10-12°C) de 2800 à 3600-3700 m, l’étage froid de 3600-3800 m
à 4500-4800 m dont les températures moyennes annuelles sont comprises entre 10°C
et 4-6°C, où les gelées sont fréquentes pendant la saison sèche,
enfin l’étage cryonival, où par suite du froid (gel quasi quotidien pendant
l’année, température moyenne annuelle inférieure à 4-5°C) la végétation
est pratiquement absente.
Chaque
étage a une ampleur altitudinale comprise entre 800 m et 1000 m. Y
correspondent des formations végétales adaptées au climat et aux conditions
édaphiques et donc des conditions de mise en valeur agricole particulières.
Cependant la quantité des précipitations, leur répartition selon les saisons
et les teneurs en humidité de l’air introduisent des différences importantes
dans les milieux naturels, qui s’additionnent à celles de l’étagement,
d’où la distinction faite dans la zone intertropicale entre les Andes sèches
et les Andes humides.
Les
Andes sèches, tropicales et subtropicales
Les Andes sont coupées, transversalement, entre le 4e et le 30e parallèle, par une bande sèche qui longe la côte pacifique du Pérou et du Chili, prend en écharpe les Andes occidentales et méridionales de Bolivie, et se termine dans les bassins du piémont argentin entre les 25e et 30e parallèles.
L’anticyclone
du Pacifique Sud, d’où soufflent les alizés qui balaient le littoral péruvien,
est l’un des facteurs de cette sécheresse, caractéristique des façades
occidentales des continents subtropicaux. Mais nulle part au monde on ne trouve
un désert ayant une pareille extension en latitude. La présence de courants
froids le long de la côte, liée à la remontée d’eaux profondes à proximité
du littoral et à leur dérive sous l’action des vents, contribue au maintien
d’une anomalie thermique négative qui, à Lima, sous le 12e degré
de latitude sud, est de 6 à 7°C. Compte tenu de l’extension en
latitude, les températures ne varient guère entre le 10e et le 20e parallèle.
Plusieurs
secteurs doivent être distingués. Le désert côtier, brumeux, ponctué
d’oasis de brouillards temporaires, les lomas, et coupé par les oasis
accompagnant les rivières allogènes venues des Andes, passe au nord dans le
Piura, à un «sahel» équatorial, tandis qu’à plus de 3500 Km au sud il se
termine dans le «Norte chico» par un sahel méditerranéen. Dans la montagne,
l’aridité, sur la face occidentale, est particulièrement marquée dans le
coude péruano-chilien. C’est le cas pour le désert d’Atacama, situé juste
sous le tropique du Capricorne. Au Pérou, le volcan Misti, qui culmine à près
de 6000 m et dont le sommet a une température moyenne annuelle de -6°C,
est dépourvu de glaciers permanents par suite de l’indigence des précipitations
nivales et de la sublimation dans un air raréfié et très sec. Les plateaux du
Sud, entre 4000 et 5000 m, sont parsemés de buissons résineux, c’est la
steppe à tolars et à yaretas. La limite du désert s’abaisse
vers le nord, elle se trouve à 2000 m environ au-dessus de Lima, et n’est
plus qu’à 500 m sous le 5e degré de latitude sud.
Les
plateaux des Andes centrales ont un climat tropical d’altitude, caractérisé
par de très faibles variations des moyennes thermiques mensuelles et du rythme
saisonnier des précipitations: la saison de pluies, «hivernage», se place
entre novembre et avril, au moment du passage dans l’hémisphère Sud de la
zone des basses pressions équatoriales qui suit le mouvement apparent du
soleil. Les contrastes de températures sont faibles pendant l’hivernage, en
revanche, pendant la saison sèche, caractérisée par un bon ensoleillement, un
rapide échauffement diurne succède aux nuits froides. À 4300 m, sous le 11e parallèle
austral, Cerro de Pasco a des températures moyennes annuelles de 6°C,
tandis qu’à Huancayo, à 3300 m, elles sont de 12°C environ. Les
précipitations sont de 1000 mm à Cerro de Pasco, de 600 mm seulement dans le
bassin abrité de Huancayo. Entre 3800 et 4800 m, la formation végétale caractéristique
est la steppe herbeuse de la puna dont les graminées, les fétuques et
les poas ont des feuilles rêches, cellulosiques, résistantes au froid et à la
sécheresse. La couverture nivale saisonnière est absente. Selon l’exposition
et l’ampleur du volume montagneux, la limite des glaciers s’établit entre
4800 et 5200 m.
Les
Andes tropicales et équatoriales humides
La
façade orientale des Andes, du Béni en Bolivie au Venezuela, est chaude et
arrosée. Les Andes, de l’équateur à la Cordillère de Mérida, sont plus
humides que les Andes péruano boliviennes. L’aridité de la façade pacifique
disparaît en Colombie pour faire place, dans l’Atrato, à l’un des secteurs
les plus arrosés du monde (entre 6 et 8 m de précipitations annuelles). Les
flancs des montagnes, jusqu’à 3000 m, sont couverts d’une forêt dense,
l’étage supérieur de cette forêt d’altitude est celui de la selva
nublada, lacis impénétrable de bambous retombants, de fougères
arborescentes et de lianes. Au-dessus, c’est le paramo, prairie humide
où les tourbières sont fréquentes, les plantes les plus caractéristiques
sont les frailejones (espeletia). Les précipitations sont plus
abondantes sur le paramo que sur la puna. Ainsi, à 3600 m, celui
de Sumapaz, proche de Bogota, reçoit 2500 mm de pluie par an, il baigne la
majeure partie de l’année dans des brumes. Les gelées ne sont pas très
fortes par suite de l’intense humidité, mais les températures maximales s’élèvent
rarement au-dessus de 10 °C. Les glaciers, peu importants, sauf
sur les grands volcans d’Equateur, et de Colombie ou dans le massif de Santa
Marta qui se dresse à 5700 m à proximité des Caraïbes, se tiennent généralement
au-dessus de 4800 m.
Cependant,
la pluviosité, dans l’ensemble plus forte et mieux répartie que dans les
Andes tropicales du Sud, n’exclut pas la persistance de secteurs secs dans les
bassins et vallées sous le vent. Ainsi, dans la vallée du Chama, Lagunillas
est dans le domaine steppique; on en trouve bien d’autres exemples dans les
vallées colombiennes. Le long du littoral caraïbe, la Guajira est, sinon un
vrai désert, du moins un sahel à la maigre végétation d’épineux.
Les
systèmes d’érosion agissant sur les Andes peuvent être classés en
plusieurs familles:
–Dans
la moyenne montagne tropicale humide (entre 1000 et 3000 m) couverte de forêts
denses, selva alta et selva nublada, les processus d’action
chimique (lessivage des éléments mobiles, décomposition des roches) sont prédominants
quand la pente n’est pas trop forte. Les éléments les plus actifs dans l’élaboration
du modelé, dès que la pente dépasse une vingtaine de degrés (ce qui est fréquent
dans les vallées étroites qui entaillent les montagnes), sont les glissements
par paquets, les ravinements qui griffent les pentes et se raccordent vers le
bas à des gorges.
–Dans
la moyenne montagne sèche, les ravinements sont particulièrement redoutables
en raison de la faiblesse de la couverture végétale et de l’intensité des
averses. Ces dernières peuvent déclencher des coulées torrentielles qui s’étalent
dans le fond des vallées. L’action de l’érosion est facilitée dans bien
des cas par le broyage des volumes rocheux dû à la tectonique. Des éboulements
sont parfois provoqués par des secousses séismiques.
–A
plus de 4000 m, le gel est encore actif dans les Andes tropicales, mais c’est
un gel quotidien et non pas saisonnier. Il contribue dans les hautes Andes à
l’extension des champs de boue labourés par des «pickrakes» que l’on
trouve en Bolivie à la limite supérieure de la végétation. Cependant, la gélifraction
actuelle est surtout active dans la haute montagne non englacée, au-dessus de
4700 m. Dans la zone intertropicale, les façades rocheuses tournées vers
l’est, soumises au gel nocturne et au dégel matinal, libèrent des fragments
rocheux qui s’accumulent en talus d’éboulis mobiles au pied des parois
(Andes centrales). Les actions nivales sont en revanche très limitées en
comparaison de celles que l’on trouve dans les montagnes de latitudes moyennes
(sud du Chili). Les glaciers, qui sont souvent des résidus des périodes plus
froides et humides, flottent dans des moraines trop amples. On distingue les
glaciers «de calottes» qui coiffent les sommets arrondis ou coniques (grands
volcans), des glaciers «de parois», qui dans la Cordillère blanche, plombent
des faces occidentales inclinées à plus de 75° . On trouve quelques
glaciers «de cirque». Cependant, à la différence des glaciers des Andes tempérées,
ceux des montagnes tropicales ne se prolongent guère par des langues
glaciaires.
Les héritages quaternaires
Dans
toutes les montagnes, depuis le niveau de la mer dans le sud du Chili, jusqu’à
3500 m dans les Andes tropicales, on relève les traces de plusieurs
glaciations. La plus ancienne, qui a revêtu, dans les Andes centrales, la forme
d’une glaciation de plateau, date du Quaternaire ancien. Ses dépôts sont généralement
altérés ou encroûtés. Les glaciations plus récentes ont été d’une
moindre ampleur. Plusieurs poussées glaciaires se sont marquées par autant de
constructions d’arcs morainiques dont l’altitude est de plus en plus élevée
à mesure que l’on s’approche de l’Actuel. À chaque phase froide et
humide (de 5 à 8 °C en dessous des moyennes annuelles
d’aujourd’hui dans les Andes tropicales, avec des précipitations mieux réparties
dans l’année) correspondait la progression des glaciers, à l’étage inférieur
ou dans les domaines plus secs, la gélifraction contribuait à la construction
de nappes d’éboulis, de grèzes, les mouvements de solifluxion, les
glissements de terrain, amorces souvent de coulées torrentielles, étaient
d’une autre ampleur qu’à l’époque actuelle. Les rivières, dont les débits
étaient pourtant accrus et plus soutenus que maintenant, déposaient leurs
alluvions dans le fond des vallées et dans les bassins, la charge venue des
versants augmentant plus rapidement que la capacité de transport.
Les
«interglaciaires» se marquaient, dans les Andes tropicales, par le retour au
rythme saisonnier des précipitations avec peut-être des températures moyennes
plus élevées que de nos jours. Les dépôts des périodes froides pouvaient
s’altérer (rubéfaction des sols et formation d’argiles, désagrégation
des galets) dans les secteurs où les eaux sont calcaires, on note
d’importants encroûtements. Les rivières, moins alimentées en charge solide
que dans la période antérieure, entaillent en terrasses les remblaiements.
Dans
les piémonts, on a ainsi un jeu complexe de phases de remblaiements et d’érosion
(formation de glacis ou incisions linéaires).
Presque
partout dans les Andes et sur leurs bordures, on constate cette alternance des
phases d’accumulation et d’érosion, d’une ampleur décroissante à mesure
qu’on se rapproche de l’actuel. C’est ainsi que du Venezuela au bassin de
Santiago, J.Tricart enregistre quatre phases d’accumulation correspondant aux
pluviaux et aux glaciaires. Les nappes d’accumulation les plus anciennes ont généralement
un matériel altéré, surtout dans les piémonts humides et chauds, elles
peuvent être faillées ou déformées par une néo-tectonique.
Dans
l’analyse des formes, il convient de ne pas oublier la vigueur des incisions
linéaires des rivières, qui s’attaquent aux volumes montagneux récemment
soulevés. Certaines gorges andines sont parmi les plus belles du monde. Il
suffit d’évoquer celles de l’Urubamba entaillant les granites de Machu
picchu.
Dans
le sud du Chili, la reconstitution de l’histoire quaternaire est particulièrement
délicate en raison de l’interférence d’une série de facteurs. Le long du
littoral, le jeu mondial des variations eustatiques se combine ici avec un relèvement
isostatique consécutif à la disparition des calottes glaciaires quaternaires
couvrant le sud du continent. Il s’y ajoute des actions tectoniques
pratiquement constantes.
3. Les modalités de l’occupation du sol
Les
Andes tropicales sont le plus ancien foyer de peuplement humain actuellement
connu de l’Amérique du Sud. Elles ont été le cadre de certaines des
civilisations précolombiennes les plus élaborées. Aujourd’hui encore, on y
trouve des densités rurales particulièrement élevées. Mais elles sont, pour
les États andins, des secteurs en perte de vitesse.
Un
ancien foyer de peuplement
L’existence
des hommes dans les Andes est attestée sûrement depuis 14 000 ans. Les témoignages
d’une présence plus ancienne sont plus incertains, bien que des préhistoriens
affirment que des groupes nomadisaient dans les montagnes il y a 22 000 ans. De
nouvelles découvertes ne sont pas à exclure, qui repousseraient de plusieurs
millénaires l’ancienneté de la présence humaine dans les Andes.
Selon
certains, une première phase d’occupation s’étendrait de 22 000 à
14 000 ans et correspondrait
à une période marquée par plusieurs pulsations glaciaires dans la haute
montagne. Elle serait caractérisée par l’absence de fines pointes bifaciales
fréquentes dans les phases plus récentes. On trouve ainsi à Garzon, en
Colombie, des choppers grossiers associés à du mégathérium (paresseux géant)
et à du mastodonte. Au Pérou, à Pikimachay près d’Ayacucho, une industrie
à choppers et éclats, associés à du mégathérium et à du cheval est datée
par le carbone 14 de 20000 ans. Cependant les associations avec de la faune
fossile sont parfois sujettes à caution. En revanche à partir de 1 4000 ans,
c’est-à-dire après la dernière grande poussée glaciaire, les traces sont
plus nombreuses, du Venezuela au Pérou, il s’agit d’abris ou de grottes où
des industries lithiques sont associées à de la faune et des structures telles
que des foyers. Des sites de chasseurs, de collecteurs et de pêcheurs
existaient sur la côte. Sur les punas la faune de cervidés, d’auquénidés
(lamas), de rongeurs était abondante. Le long du littoral, qui se trouvait plus
à l’ouest par suite de la régression eustatique, coquillages, mammifères
marins et poissons pouvaient être récoltés et pêchés tandis que des
escargots étaient ramassés sur les lomas (oasis de brume) voisines. À
partir du VIIemillénaire, les sites se multiplient dans les
abris-sous-roche des Andes, les ossements des camélidés l’emportent sur ceux
des cervidés et annoncent probablement les débuts de la domestication des auquénidés.
On trouve dans une grotte du Callejon de Huailas des restes d’un haricot qui
était peut-être cultivé au VIe millénaire. À partir de 5000 ans,
on relève dans l’étage tempéré, en dessous des punas, des témoignages
de la consommation de pommes de terre, d’olluco (Ullucus tuberosus),
peut-être de quinoa (Chenopodium quinoa) et d’un maïs très primitif.
Dans les étages tièdes, haricots, tomates et coca commencent à être plantés.
Les premières cultures étaient faites au bâton à fouir, dans les terres légères
des versants faiblement couverts de végétation.
Entre
le second et le premier millénaire avant notre ère, les grandes composantes
des systèmes agraires, tels qu’ils se maintiendront jusqu’au XVIe siècle, se mettent en place. Dans les Andes tropicales apparaissent les premières
irrigations, fondées sur la dérivation des torrents et la distribution de
l’eau sur des terrasses, les andenes, soutenues par des murs de pierre.
Au pied des Andes, dans le désert côtier, les lits d’inondation sont cultivés
après les crues d’hivernage. De l’eau est puisée dans les nappes phréatiques
des vallées secondaires jusqu’à ce que l’accroissement de la population et
le perfectionnement des techniques d’irrigation et d’aménagement des terres
permettent la mise en place des grands périmètres d’irrigation utilisant
l’eau des fleuves les plus importants, dont le maïs est la culture
principale. Le coton, récolté dans les étages chauds et tièdes, est tissé.
Les calebasses cessent d’être les uniques récipients quand apparaît la
poterie. On commence à savoir fondre les minerais de cuivre, d’argent ou d’étain;
on fabrique des objets de bronze. Les tacclas, bêches andines,
permettent de retourner la terre dont les mottes sont brisées à la masse. La
pierre taillée, et notamment l’obsidienne, reste l’outil le plus utilisé
pour couper et trancher.
Dès
les débuts de l’agriculture, mais probablement bien avant, des échanges s’établissent
entre côte, montagne et forêt. Les groupes humains sont mobiles et savent
tirer parti de la diversité des ressources des écosystèmes répartis sur
l’ensemble des montagnes et de leurs piémonts. À noter que les steppes
d’altitude sont faciles à parcourir, que les distances sont réduites d’une
oasis à l’autre sur la côte du Pérou actuel, quelques dizaines de kilomètres, et qu’en quelques jours de marche à pied on peut accéder aux plateaux
andins en partant de la côte ou des collines du piémont forestier à l’est
des Andes tropicales. Et dans la haute montagne tropicale on n’a pas à
affronter les difficultés d’une couverture nivale comme dans les montagnes
des latitudes moyennes pendant l’hiver. Donc des milieux «perméables» à de
petits groupes d’hommes sachant le parti que l’on peut tirer des diverses
ressources. L’altitude ne constitue une contrainte physiologique sérieuse
qu’au-dessus de 3500 m. On constate d’ailleurs chez les populations installées
depuis plusieurs millénaires sur les hauts plateaux comme les Aymaras en
Bolivie des traits adaptatifs: cage thoracique plus développée, muscle
cardiaque puissant. L’altitude n’a, semble-t-il, jamais constitué un
obstacle décisif à l’occupation et au peuplement des hautes terres, exploitées
jusqu’aux limites supérieures de la végétation, c’est-à-dire jusqu’à
4600-4700 m dans les Andes tropicales sèches.
Les
Andes tropicales constituent des foyers de peuplement, car elles offrent de
bonnes possibilités pour l’étagement des cultures et pour l’élevage,
elles sont généralement moins malsaines que les plaines tropicales. Les
animaux indigènes, lamas et alpacas, vivent jusqu’à 5000 m, les bêtes
venues d’au-delà des mers s’adaptent généralement à l’altitude. Dans
les Andes sèches, des troupeaux de moutons et de bovins parcourent la puna,
et l’on sait le rôle joué dans l’histoire économique de la colonie par
les caravanes de mules. Des champs de pommes de terre sont travaillés à 4100
m, l’orge peut être récoltée jusqu’à 4000 m, le blé jusqu’à 3800 m,
et le maïs pousse encore à 3500-3600 m. Ces limites maximales s’abaissent de
quelques centaines de mètres dans les montagnes humides.
Dans
les Andes tropicales, la vie agricole est rythmée par les précipitations. La
saison humide, aux températures quotidiennes moins contrastées, est celle de
la croissance des plantes, les semailles se font au début de l’hivernage, et
les récoltes lors de la transition avec la saison sèche. Celle-ci est marquée
par l’interruption des travaux des champs, à cause de la sécheresse et aussi
des gelées nocturnes au-dessus de 3200 m. Cependant, le calendrier agricole
peut être allongé, grâce à une irrigation complémentaire par des rigoles
creusées à flanc de versant.
Les
Andes tropicales ont donné naissance à quelques-unes des plus brillantes
civilisations précolombiennes. Un peu avant notre ère, c’est la période chavin dans les montagnes péruviennes, avec la construction de villes et de
forteresses, au Xe siècle, c’est la civilisation tihuanaco,
particulièrement développée autour du lac Titicaca. À partir du XIIIesiècle,
c’est l’expansion de l’Empire inca dont le centre se trouvait à Cuzco, à
l’arrivée des Espagnols, il s’étendait de la Colombie au rio Bio Bio dans
le Chili central et débordait sur les deux piémonts de la montagne. Cet empire
centralisé, s’appuyant sur un bon système de communications (chemins dallés
suivant les crêtes et parcourus par des coureurs), sur l’utilisation d’une
langue administrative unique, le quetchua, et sur une comptabilité précise,
était en voie d’éclatement lors du débarquement à Tumbes, en 1532, de
Pizarre et de sa petite troupe.
Dans
l’actuelle région de Bogota, les Chibchas constituaient une paysannerie
vigoureuse et cohérente.
La
conquête espagnole
Au
début du XVIe siècle, il semble que les Andes aient été plus
peuplées qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les contacts
entre colonisateurs et colonisés se sont accompagnés de la diffusion d’épidémies,
notamment de variole, qui décimèrent les populations.
L’Espagne
s’est solidement implantée dans les Andes. La conquête et l’organisation
des vice-royautés et intendances se sont accompagnées de la mise en place
d’un quadrillage administratif à partir d’un semis de villes fondées ou réaménagées
par les conquérants. Les Espagnols trouvaient dans les Andes des températures
adaptées aux plantes et animaux qu’ils apportaient d’Europe (blé, orge,
moutons, vaches, chevaux, etc..). Aux étages tempérés et froids de la
montagne tropicale, ils pouvaient pratiquer une agriculture et un élevage de
type européen. Et c’est dans les Andes que se trouvaient les mines d’argent
qui firent, un temps, la richesse de l’Espagne. Il suffit de penser à Potosi
dans le haut Pérou.
L’affrontement
entre les conquérants et les Indiens donna naissance à de nombreuses formes de
métissage et de syncrétisme. Malgré l’évangélisation des populations
indiennes, les rites agraires précolombiens subsistent, sous le voile du
catholicisme. Dans les villages construits selon le modèle castillan, les
paysans maintiennent leurs coutumes indiennes. Deux conceptions de la propriété
foncière s’opposent. L’appropriation commune du sol par la collectivité
rurale n’exclut pas l’exploitation individuelle. Mais les communautés
doivent se défendre contre l’hacienda, la grande propriété
individuelle qui, le plus souvent, et même à des dates récentes, s’étend
au détriment du terroir des comunidades. En fait, de même que l’on
rencontre une grande variété dans les types d’organisation de ces comunidades,
on trouve des formes d’exploitation très diverses réunies sous le même
terme d’hacienda; certaines rappellent à bien des égards la villa
carolingienne, d’autres sont de grandes entreprises capitalistes.
Les
pâturages des hauts plateaux donnent généralement lieu à une exploitation
pastorale extensive. Dans les Andes centrales, la densité du peuplement est
toujours élevée, sur les terres arables, quel que soit le type de tenure, elle
dépasse fréquemment un homme par hectare dans les terroirs de montagne.
Les
modalités de l’occupation du sol sont différentes selon les grands ensembles
andins. Au Venezuela, les secteurs montagnards, qui furent des terres à blé à
l’époque espagnole, sont actuellement en déclin malgré le progrès des
cultures maraîchères. Les versants forestiers ont été et sont encore
l’objet d’une exploitation itinérante du sol. C’est le conuco, la
culture sur brûlis dans des clairières ouvertes au machete dans la forêt
et où l’on plante du maïs, du manioc et des bananiers. Ces clairières sont
temporaires, elles sont abandonnées quand les sols sont épuisés. Ce système,
qui ne permet que de faibles densités humaines, n’apporte à ceux qui le
pratiquent que des ressources limitées, difficiles à améliorer. Il a en outre
l’inconvénient de favoriser la dégradation des sols sur des pentes sensibles
à l’érosion.
Les moyennes montagnes humides et tropicales peuvent être le siège de cultures arbustives. La caféier réussit bien entre 800 et 1600 m, il fait vivre des centaines de milliers de familles en Colombie et alimente la majeure partie des exportations de ce pays.
Dans
les Andes tempérées et humides du Chili, la pénétration des Incas et des
Espagnols avait été bloquée sur le rio Bio Bio par la résistance des
Araucans. Ces Indiens, venus des pampas argentines au XIVe siècle,
vivaient dans les clairières de la forêt australe. La fin de la résistance
araucane, au XIXesiècle, s’est traduite par l’avance d’un
front pionnier en direction du sud et par la destruction de la forêt australe
remplacée par des pâturages à moutons.
Les
Andes aujourd’hui
Pour
analyser la situation actuelle dans les Andes il faut, comme pour la description
des milieux naturels, faire la distinction entre les Andes colombiennes au nord,
les Andes tropicales au sud de l’équateur et les Andes tempérées du Chili
et d’Argentine.
En
Colombie, la localisation dans les Andes des plus grandes villes comme Bogota et
Medellin permet le maintien dans les montagnes des foyers de population les plus
importants du pays. La population urbaine est majoritaire dans l’ensemble des
Andes colombiennes et la croissance des régions urbaines qui sont souvent des régions
industrielles comme à Medellin et dans le Boyaca au nord de Bogota contribue à
entraîner leur environnement rural, c’est le cas de la «Sabna», à proximité
de Bogota. Les régions de culture de café, situées entre 1 .000 et 1 800 m sur
les flancs des Cordillères, restent fortement peuplées, les densités y sont
voisines de la centaine d’habitants au km², mais des régions
entières, notamment dans le sud, sont occupées par des paysans vivant mal sur
des exploitations agricoles exiguës (minifundia) et constituent des
poches de pauvreté qui alimentent des courants de migration vers les grandes
villes et les secteurs de colonisation agricole dans les plaines chaudes.
De
l’Équateur à la Bolivie en passant par le Pérou, les Andes sont restées
des régions en majorité rurales (au Pérou, on comptait deux ruraux pour un
urbain dans les Andes en 1980) et qui sont pauvres parce qu’à la fois rurales
et andines (le revenu par habitant dans les Andes péruviennes est le tiers de
celui de la cote ). Les paysans andins, et pour beaucoup d’entre eux,
indiens sont pour la plupart des «minifundistes» qui exploitent des terres
et ne parviennent pas à assurer la subsistance de leur famille, d’où la nécessité
des migrations de travail, en ville, dans les mines ou dans les plantations pour
survivre. En Bolivie, à partir de 1953, au Pérou depuis 1970, des réformes
agraires ont contribué à supprimer la grande propriété privée qui a pu être
transformée en coopérative ou lotie entre des paysans. En Bolivie les
prestations de travail obligatoire dues à l’hacienda ont été supprimées,
ce qui a permis aux paysans qui y étaient assujettis de travailler ailleurs,
notamment dans les vallées chaudes. Mais les problèmes fonciers, sociaux et économiques
n’ont pas disparu pour autant. La longue marche des paysans pour récupérer
l’entière maîtrise des terres n’est pas achevée, au Pérou le système
des coopératives, souvent en faillite, est contesté par les paysans. Mais dans
le même temps l’exode rural, qui se poursuit depuis des décennies, contribue
au vieillissement de la population, à l’abandon de terres de culture qui
redeviennent en friche. Les avantages passés liés à la diversité des
productions agricoles disparaissent devant la difficulté de travailler des
terres en pente autrement qu’à l’outil. Les rendements restent médiocres
par suite de mauvaises semences, d’une fertilisation insuffisante, d’une
lutte imparfaite contre les maladies. D’où une situation de crise générale
des paysanneries.
Ces
Andes tropicales restent, du nord du Chili au Pérou, des montagnes où les
gisements de minerais non ferreux (cuivre, zinc, plomb, argent, étain) sont
importants et constituent la base des exportations des pays. Les rivières
fournissent l’énergie électrique nécessaire aux villes situées en
contrebas, c’est le cas au Pérou avec le Mantaro qui fournit en électricité
Lima et la côte centrale. Beautés naturelles et patrimoine archéologique
attirent des touristes comme au Cuzco, autour du lac Titicaca ou dans le
Callejon de Huailas. Va-t-on vers un ensemble andin où les paysanneries achèvent
de se désagréger dans l’indifférence, où la lande envahit les terrasses de
culture abandonnées, à côté de «parcs pour touristes» organisés autour de
sites archéologiques et naturels d’une grande beauté, où un «folklore
indien» est garanti tandis que des mines produisent pour le marché mondial?
Dans
les Andes tempérées, la montagne est souvent déserte, à proximité de piémonts
peuplés. Des mines y sont exploitées telles que le cuivre au Chili, des réserves
naturelles y sont implantées, notamment en Argentine, tandis que des forêts y
sont l’objet d’une exploitation destructrice comme au Chili. Ces montagnes
finissent par connaître une évolution assez voisine de celle des Alpes dans la
seconde moitié du XIXe siècle et au cours du XXe siècle.
Les
chaînes liminaires ou péricratoniques
Liées
à une subduction péricontinentale, ces chaînes s’inscrivent dans la marge
d’un continent (on les dit parfois «mono marginées»), telles les Andes dans
celle du socle sud-américain. Une différenciation en cordillères et en dépressions
longitudinales domine leur structure, à la suite d’un débitage par une
intense tectonique de failles plio-quaternaire.
Les cordillères correspondent à des panneaux de socle hercynien soulevés,
supportant en discordance plusieurs milliers de mètres de sédiments
secondaires et parfois tertiaires. Les faciès continentaux monotones y
dominent, entrecoupés de puissants épanchements volcaniques. Des plis de
couverture et de revêtement à déversement vers l’est caractérisent ce matériel.
Si l’on y observe des chevauchements, il n’existe pas d’équivalents des
grandes nappes de charriage alpines.
L’édifice
andin proprement dit comprend les cordillères côtière et principale. À la
hauteur de l’Argentine moyenne, leur couverture sédimentaire, essentiellement
gréso-schisteuse, allant du Permien au Crétacé, comporte des intercalations
de brèches volcaniques et de laves. Sur le versant chilien, elle présente de
puissants épanchements andésitiques et des intrusions granitiques. Des déformations
à grand rayon de courbure affectent l’ensemble, qui chevauche le versant
argentin caractérisé par une intense tectonique de plis de revêtement et de
couverture à la faveur d’un décollement lié à des gypses jurassiques. Généralement
localisée sur la ligne faîtière, une série paléogène schistogréseuse,
comportant des intercalations volcaniques, déformée par de vastes plis souples
et traversée d’intrusions granitiques, repose en discordance sur le Mésozoïque.
Enfin, d’importantes coulées basaltiques plio-quaternaires et de grands
volcans (Tronador, Osorno), parfois encore actifs, couronnent les hauts plateaux
andins.
À
l’est, la cordillère frontale et la précordillère, respectivement développées
vers le nord depuis San Rafael et Mendoza, sont des morceaux de l’avant-pays,
sans couverture jurassico-crétacée, soulevés jusqu’à 4000 et 5000 mètres.
Dans la première domine un Permo-Trias classique. Le socle hercynien, avec ses
calcaires, ses grès et ses schistes plissés, affleure largement dans la
seconde. Des déformations avec chevauchements par failles inverses affectent la
couverture sédimentaire.
Entre les cordillères, les dépressions représentent des panneaux affaissés du socle. La vallée longitudinale du Chili, d’une largeur moyenne de 50 km, sépare ainsi les cordillères côtière et principale sur un millier de kilomètres. Un chapelet de bassins intra-andins (Uspallata, Caliugasta) s’intercale entre la cordillère frontale et la précordillère. Des bassins préandins les précèdent, isolant les Sierras Pampeanas, qui correspondent à un avant-pays plissé. Dans toutes ces dépressions, l’accumulation de plusieurs milliers de mètres de conglomérats, de grès et de schistes, d’un Plio-Quaternaire continental, confère aux failles correspondantes des rejets de l’ordre de 10 000 mètres.
Une partie des Andes est occupée par de hautes plaines, appelées altiplano,
dont on distingue plusieurs types, de la Bolivie à la Colombie. L’Altiplano péruvo
bolivien est un ensemble de hautes plaines, entre 3600 et 4200 mètres, coupées
de petits chaînons montagneux, qui s’étire sur 1000 km entre le 15e et le 25e degré de latitude sud. L’altiplano occupe un secteur
subsident rempli par des séries détritiques partiellement plissées au
Tertiaire. Ces séries ont été tronquées par des glacis d’érosion et
recouvertes par les dépôts fins laissés par de grands lacs quaternaires comme
le lac Ballivián, et, au pied des montagnes, par des épandages
fluvio-glaciaires. L’altiplano péruvo bolivien est endoréique. Au nord, un
fossé tectonique est occupé partiellement par le lac Titicaca qui constitue
une nappe d’eau de 8000 km². Il est relié par un faible émissaire
au lac Poopó, lagune salée située plus au sud. Dans le secteur méridional,
le fond des cuvettes est tapissé de croûtes de sel, les salares, comme
celui d’Uyuni.
Le
froid (la température moyenne sur l’altiplano est partout inférieure à 10 °C
et il gèle de 100 à 300 nuits par an), la sécheresse, la salinité des sols,
le vent qui, dans le Sud, pousse de petites dunes font de l’altiplano un
milieu très rude où l’altitude pose des problèmes d’adaptation aux
organismes vivants. Cependant les berges du lac Titicaca, à 3800 mètres
d’altitude, sont très densément occupées par une paysannerie indienne de
langues quechua et aymara. Ce sont des «minifundistes» associant, sur de
minuscules parcelles aux rendements aléatoires, pommes de terre, oca (Oxalis
tuberosa), quinoa (chenopodiacées) et orge. Cette agriculture, à la limite
des possibilités écologiques, est associée à un élevage d’embouche de
bovins sur les pâturages lacustres et à celui de quelques moutons. Dans le sud
de l’altiplano bolivien, les Indiens Chipaya, dans le relatif isolement d’un
milieu exceptionnellement dur, ont conservé leur spécificité génétique et
culturelle et sont, de ce fait, les plus intéressants à étudier.
La sabana de Bogotá est un altiplano d’un type très différent. Elle est située à 2700 mètres d’altitude dans la cordillère orientale des Andes colombiennes. C’est un ancien lac dont les sédiments remplissent une cuvette complexe entre les chaînons calcaires et gréseux de la cordillère. La sabana présente, sur plus de 100 km, une succession de plaines insérées entre des montagnes, les lagunes sont les vestiges de nappes d’eau beaucoup plus importantes. La température moyenne annuelle est de l’ordre de 12-13 °C et, malgré un ciel souvent gris, les précipitations restent modérées, entre 600 et 800 millimètres par an. Avant l’arrivée des Espagnols, la sabana était habitée par la paysannerie chibcha. Elle est un secteur d’élevage intensif de bovins. La partie méridionale de la sabana est incorporée à l’agglomération de Bogotá, qui y a logé ses nouveaux quartiers; c’est là aussi que se trouve l’aéroport El Dorado.
La
barrière des Andes
La
Cordillère des Andes est l’élément le plus marquant d’un ensemble de
hautes et moyennes montagnes, de hauts plateaux et de bassins fermés, barrière
élevée et massive qui isole l’Argentine du Pacifique et détermine sa
vocation de pays des plaines atlantiques. La Cordillère elle-même, surgie en
plusieurs phases au Tertiaire, s’allonge du 27e parallèle au détroit
de Magellan. On y relève jusqu’à la latitude de Mendoza les plus hautes
altitudes d’Amérique proches de 7000 m (Aconcagua, 6960 m), mais la chaîne
s’abaisse rapidement en Patagonie, où elle ne dépasse pas 3774 m au volcan
Lanin et 3375 m au Fitzroy. Une précordillère ourle les Grandes Andes
jusqu’au río Mendoza. Il s’agit d’un vieux massif primaire porté à plus
de 3000 m, basculé et fracturé par le contrecoup de l’orogenèse andine. Cet
ensemble constitue le domaine des Andes sèches. Leur modelé témoigne de
l’ampleur de l’érosion et des constructions alluviales sous des climats
successivement chauds et froids, humides et secs. L’aridité actuelle
immobilise, et en quelque sorte révèle par la nudité des formes, ce double héritage
morphologique.
C’est
à l’extrême fin du Tertiaire et au début du Quaternaire que se sont élaborés
en deux étages les extraordinaires glacis des piémonts de San Juan, de Mendoza
ou de San Rafael. Mais les profondes vallées qui entaillent la montagne et son
piémont et, en contrebas, les vastes épandages alluviaux fins de la plaine
datent des grandes décharges fluvio-glaciaires. Ils correspondent aux
pulsations climatiques du Pléistocène, cependant que les limons fins qui
recouvrent les glacis ainsi que les lœss transportés jusque sur la Pampa
orientale ont été mis en place au cours des phases sèches et froides qui
terminent chaque crise glaciaire. Cette remarquable combinaison de formes et de
dépôts superficiels et l’englacement actuel de la haute chaîne expliquent
que les hommes aient pu créer et développer au pied des Andes de Mendoza de très
vastes et très belles oasis.
Plus
au nord, le dessin d’ensemble se complique. L’Argentine possède le fragment
le plus méridional de l’altiplano andin, cette puna du Nord-Ouest
apparaît comme un immense bassin d’altitude (plus de 4000 m), découpé en
vastes compartiments. Dans le fond des cuvettes où s’accumulent les débrisproduits
par une intense désagrégation mécanique se logent les solitudes désolées
des salares. Sur le flanc est, l’orogénie tertiaire a soulevé de
vigoureux massifs, qui culminent entre 5000 et 6000 m et possèdent quelques gîtes
de minerais non métallifères, moins riches cependant que ceux de Bolivie. Une
seconde série de reliefs, qui cette fois ne dépassent guère 2000 m,
s’aligne au contact du long piémont qui mène à la plaine du Chaco. Dans ces
sédiments secondaires, plissés et bousculés au tertiaire, sont emprisonnées
d’intéressantes réserves de pétrole et de gaz naturel qui se prolongent
dans les bas pays de l’est bolivien. L’aridité glacée de la puna,
les formidables entailles des quebradas qui y donnent accès, comme celle
de Humahuaca qui permet de gagner le plateau bolivien, les amples vallées
d’effondrement qui séparent les contreforts de la puna des sierras
subandines, la vigoureuse opposition climatique que l’on observe entre les bas
versants orientaux de ces chaînes couverts d’une belle livrée forestière et
la sécheresse des vallées de l’intérieur, tous ces traits confèrent au
nord-ouest argentin des caractéristiques communes aux pays andins tropicaux.
Dans le secteur méridional se déploie, sous un climat sec, un dispositif en
bassins fermés, les bolsones, encombrés de sédiments continentaux et
de produits d’accumulation fluvio-éolienne. Ils se prolongent vers le sud et
vers l’ouest en un vaste no man’s land désertique où s’étalent
d’immenses salares.
En
avant de cet ensemble se détachent quelques massifs imposants. Les plus connues
de ces «sierras pampéennes» sont celles de Córdoba (2900 m) et de San Luis
(2150 m). Les géologues argentins y rattachent volontiers aussi bien l’Aconquija,
dont les 5000 m dominent Tucumán, que la sierra de Fatamina (6000 m), qui se déprend
à peine du rebord méridional de la puna. Ce sont donc de puissantes
montagnes, faites de roches anciennes arasées au Primaire et fragmentées par
la surrection andine en gros blocs soulevés et basculés face à l’Ouest.
Parfois couronnées de volcans, les vieilles surfaces granitiques dominent par
de véritables murailles d’amples fossés où s’accumulent les alluvions
anciennes. À l’est, le contact avec la Pampa se fait généralement par une série
de gradins dont le dernier est enfoui sous les matériaux de piémont, eux-mêmes
masqués par les apports éoliens. De petits blocs de direction nord-ouest
sud-est jalonnent encore le bord occidental et méridional du socle pampéen: de
maigres échines parfois empâtées de dépôts éoliens courent sur la plaine,
puis quelques rochers isolés pointent dans le prolongement des sierras de Córdoba
et de San Luis. Au sud de la Pampa, enfin, on a déjà mentionné les reliefs
des sierras de la Ventura et de Tandil. Les premiers dominent Bahia Blanca,
tandis que les ultimes vallonnements de Tandil ont fixé le site de la célèbre
station balnéaire de Mar del Plata.
Les
Andes de Patagonie ont un tout autre style. Éventrées de toutes part par les
glaciers du Quaternaire, elles présentent un modelé alpin. L’ampleur
extraordinaire des lacs surcreusés derrière leur barrage morainique, le cadre
prestigieux des sombres et vigoureuses forêts de type «austral» attirent les
touristes au Parc national de Nahuel Huapí. Plus au sud, les plus hardis
peuvent admirer des glaciers qui s’effondrent dans de grands lacs. À cette
latitude, celle du lac de Buenos Aires et des aiguilles du Fitzroy, la frontière
traverse un véritable inlandsis; la chape de glace recouvre le batholite
granitique. À l’ouest, le Chili abondamment arrosé offre un paysage de
fjords, cependant qu’à l’est l’Argentine ne présente, au-delà des forêts
et des herbages du piémont andin, que les plateaux arides de la Patagonie. Les
incertitudes du drainage dans les vallées et sur le pourtour des lacs
d’origine glaciaire ont entraîné des difficultés pour le tracé de la
frontière qui n’a pu suivre la ligne de partage des eaux comme l’avaient
imaginé les diplomates.
Cette
rapide vue d’ensemble du cadre montagneux montre combien l’Argentine des
plaines est liée à ces massifs dont elle se détourne. Le modelé même des
plaines ne s’explique que par l’ampleur extraordinaire de l’érosion préglaciaire
opérant sur un volume montagneux considérable. Elle mit en mouvement des
masses énormes de matériaux plus ou moins fins qui vinrent se déposer, avec
des styles différents selon les temps et les lieux, dans les terres basses du
Chaco ou de la Pampa. De toute manière, cette sédimentation a dû presque
toujours s’effectuer en deux étapes, les vents d’ouest sud-ouest reprenant
aux périodes sèches du Quaternaire froid les sables et limons transportés à
moyenne distance des massifs occidentaux par les grandes crues des rivières au
cours d’époques plus humides. À l’est, les grands vents couvrirent la
plaine, et même les fragments du socle qui la surmontaient, sous d’épais
manteaux de lœss ou de limons. Vers le nord-est, ces formations superficielles
ont pu être remaniées par des écoulements en nappe d’inondation; dans le
Sud et l’Ouest, elles se sont encroûtées lorsqu’à une phase humide succédait
une phase sèche et froide.
Le
Paraná, quant à lui, n’a guère participé à l’évolution de la Pampa.
Après la construction de son delta intérieur sur les assises gréseuses de
Corrientes, il s’est contenté, en aval, de creuser, au cours des périodes
humides de l’époque glaciaire, un large chenal dans lequel purent se déposer
durant les séquences sèches les alluvions que le fleuve ne parvenait plus à
évacuer jusqu’à l’Atlantique. Les précipitations de l’holocène ont
permis la construction d’un vaste delta. La transgression flandrienne, en
envahissant le río de la Plata, a maintenu ce delta au fond de l’estuaire. Il
est recoupé par le profond chenal du río Uruguay qui, beaucoup plus rapide, a
toujours pu évacuer ses alluvions fines.
En
définitive, le Paraná a surtout construit près de sa confluence avec le
Paraguay, créant au long du Chaco un domaine semi aquatique large d’une
trentaine de kilomètres, où s’enchevêtrent des îles, des chenaux, des levées
de terre et des marécages, qu’un flot d’inondation comme celui de mars 1966
recouvre totalement.
On peut donc considérer que la construction pampéenne doit beaucoup plus aux sierras centrales et à la cordillère des Andes de San Juan au nord de la Patagonie qu’aux plateaux et massifs brésiliens et aux fleuves qui en descendent. Les sols développés sur les limons et les lœss pampéens sont naturellement fertiles, mais ils subissent les effets de la rapide désagrégation due aux conditions climatiques, tant anciennes que modernes, qui s’opère d’est en ouest, au passage de l’Argentine humide aux piémonts andins frappés d’aridité. C’est là une des conséquences particulièrement néfastes de la barrière orographique qui sépare les systèmes pacifique et atlantique.
Carte des Andes Argentines Chili
1. Un pays andin
Les
Andes: segment
des cordillères pacifiques qui s’étendent de l’Alaska à la Terre de Feu,
les Andes péruviennes se caractérisent par leur masse et par leur continuité,
traversant le territoire national de la Bolivie à l’Equateur.
Le
soulèvement en voussoir, qui date de la fin du Tertiaire, a ployé les séries
précambriennes et primaires de l’est, les couches secondaires et tertiaires
au centre, le long batholite qui flanque le versant occidental depuis le Chili
jusqu’à Chiclayo, au nord du pays. Il s’est accompagné de la construction
de volcans, surtout dans le Sud, et de l’étalement de nappes de laves venant
recouvrir des plateaux, notamment dans le Centre et dans les Andes méridionales.
La
continuité des reliefs montagneux n’exclut pas une grande variété
d’aspects, qui diffèrent du sud au nord.
Les
Andes méridionales sont larges. À l’ouest, de hauts volcans (le Coropuna
culmine à 6600 m) s’alignent sur 600 km, dominant la retombée désertique
vers le Pacifique et les plateaux et les hautes plaines situées au centre du
dispositif montagneux. Il s’agit de montagnes sèches. À l’ouest également,
la steppe à tolars parsème les plateaux volcaniques, tandis que
sur ceux de la puna, dans le Centre, c’est la steppe d’ichu (graminées
et fétuques rêches) qui domine. En bordure du lac Titicaca, à 3800 m, la température
moyenne annuelle est de 9°C, mais il faut opposer une saison humide,
entre novembre et mai, pendant laquelle il tombe de 400 à 700 mm d’eau, et
une saison sèche, très lumineuse: les gels nocturnes alternent avec un bon
ensoleillement dans la journée. À l’est, des cordillères modelées dans des
schistes et des granites atteignent 5500 m et portent quelques glaciers; elles
constituent une ligne de faîte au-dessus des plateaux et de la grande flexure
orientale, creusée de profondes vallées aux versants revêtus de forêts
denses.
La
population indienne est dense en lisière du lac Titicaca (plus de 50 hab./km²);
elle est composée de petits agriculteurs qui pratiquent un peu d’élevage
bovin. Une partie d’entre eux parle l’aymara, d’autres parlent le
quetchua, la langue indienne la plus utilisée dans les Andes péruviennes. Les
plateaux de la puna sont le domaine d’un élevage extensif de moutons, de
lamas et d’alpagas. Avant la réforme agraire, la plus grande partie de la
puna était la propriété d’haciendas de plusieurs dizaines de milliers
d’hectares. Ces entreprises ont été transformées en coopératives après la
réforme agraire de 1970. Mais les terres de certaines d’entre elles sont
maintenant revendiquées par les paysans des communautés voisines et sont en
cours de démantèlement.
Des
mines de cuivre sont exploitées sur le versant occidental désertique (mine de
Toquepala). Les basses vallées orientales, chaudes et humides, sont défrichées
par des colons indiens, venus de l’altiplano, qui cultivent le café.
En
bordure du lac Titicaca, Puno est la capitale d’un vaste département, tandis
que Juliaca, développé à un carrefour ferroviaire et routier sur
l’altiplano, est un centre commercial. Plus au nord, la vallée de l’Urubamba,
«vallée sacrée des Incas», se creuse entre les massifs de la Cordillère
orientale et les plateaux de la région du Cuzco. C’est un sillon densément
occupé, à proximité duquel se trouve l’ancienne capitale incaïque. En
1990, la population de Cuzco était estimée à 275 000 habitants, ville
administrative, c’est aussi un centre touristique favorisé par la richesse
des monuments incaïques et coloniaux et par la beauté des paysages.
Dans
les Andes du Centre, à la latitude de Lima (12°) l’opposition
reste nette aux étages inférieurs de la montagne entre le versant pacifique
sec et le versant amazonien, humide et couvert de forêts. Les plus fortes
densités existent dans les bassins situés entre 3000 et 4000 m, notamment dans
ceux que draine le Mantaro (région de Huancayo). Là on retrouve les gros
villages, au plan en damier, situés au centre d’un terroir intensément mis
en valeur par des cultures vivrières (maïs, blé, pommes de terre, luzerne
pour les animaux). Les plateaux qui les encadrent, couverts de maigres pâturages
jusqu’à 4500 m, étaient la propriété d’haciendas d’élevage. Là également
la transformation des haciendas en coopératives n’a pas réglé l’ensemble
des problèmes sociaux et économiques. Des communautés essaient de récupérer
leurs terres. Des gisements miniers (cuivre, zinc, plomb, argent) sont exploités
par Centromin, entreprise nationale qui a pris le relais de la Cerro de Pasco Co
expropriée en 1972, ainsi que par des sociétés de moindre importance, péruviennes
ou étrangères comme la Compagnie française des mines de Huaron. Les eaux du
Mantaro alimentent des centrales électriques qui pourvoient en énergie les
mines et la ville de Lima.
À
400 km au nord de Lima, la cordillère Blanche aligne sur 160 km ses sommets
englacés, à 6768 m, le Huascarán est le plus haut sommet du Pérou. Il domine
le callejón de Huailas, vallée longitudinale du Santa, foyer de
population paysanne, sinistré lors du tremblement de terre de 1970 qui a fait
une soixantaine de milliers de victimes.
Dans les Andes du Nord, le dispositif de plateaux et de hautes plaines disparaît. Les montagnes forment un ensemble plus étroit, d’une largeur de 100 à 150 km, dont les crêtes se tiennent entre 3000 et 4000 m. Elles sont tranchées sur 500 km par la profonde vallée du Marañón. Les contrastes climatiques s’atténuent entre les deux versants, le désert lèche à peine la base de la montagne à l’ouest tandis que les bassins et les vallées, sous le vent, sont secs, même à l’est. Ces montagnes, plus tièdes et plus arrosées que celles du Sud, sont fortement peuplées. Mais les coupures du relief, l’absence d’exploitation minière, la rareté des villes ont ralenti la mise en place du réseau routier, entraînant un isolement relatif plus accusé que dans les Andes du Centre, et font des Andes septentrionales un secteur oublié de la République péruvienne. Les Andes ne pèsent guère dans l’économie du Pérou contemporain. Leurs populations sont maintenant minoritaires dans le pays. Cependant, leurs paysanneries, saignées par l’exode rural, sont en crise. Les troubles qui les agitent interviennent directement sur l’équilibre politique du pays qui, urbain et côtier, ne peut mettre entre parenthèses ses montagnes et leurs habitants

Les Andes ont été affectées par une lente décadence. Trop souvent, un
difficile désenclavement, achevé depuis quelques années seulement, n’a fait
qu’accélérer l’exode rural. Les oligarques traditionnels n’ont pas su se
muer en capitaines d’industrie. L’électricité, abondamment produite par de
grandes retenues (Santo Domingo, Uribante) est expédiée au loin. Beaucoup de
terres, difficiles à travailler (très fortes pentes) et dégradées, notamment
par la culture du blé, sont abandonnées. Les cultures maraîchères ont sauvé
l’étage de 2000 à 3000 mètres; mais la canne à sucre et le maïs, qui étaient
à la limite des possibilités écologiques, régressent. La culture du café,
après une période d’abandon pendant laquelle les arbres d’ombrage ont été
coupés pour faire du bois de feu, reprend, mais plutôt dans les régions moins
accidentées et plus basses alors que c’était la culture idéale sur les
pentes raides de la forêt de brouillard. La déprise rurale s’étend,
l’industrialisation est restée embryonnaire, le tourisme devient la panacée,
favorisé par le manque de devises. Mais est-il intégré dans une organisation
régionale bien structurée? La multiplication des organismes d’aménagement
et de développement, faisant souvent double emploi entre eux, a trop souvent été
peu efficace, malgré son coût. Trois centres commerciaux sont en compétition:
Mérida, dont l’aire d’influence se réduit, San Cristóbal et le couple
Valera-Trujillo. Seule Mérida est véritablement andine, les deux autres sont
des agglomérations de piémont.
Les piémonts andins sont desservis, chacun, par une grande route qui relie San Cristóbal à l’autoroute Caracas-Valencia. L’orientation ancienne du sud du lac vers Maracaibo a fait place à l’orientation vers la région centrale. Le développement y résulte de grands travaux commencés vers 1950 pour le piémont septentrional (construction de la route panaméricaine, éradication du paludisme, devenue précaire du fait de l’apparition de larves résistantes au D.D.T. et des fréquents déplacements de Colombiens, plus ou moins contrôlés). Des retenues, des endiguements, des canaux de drainage ont pour objet de restreindre les divagations des cours d’eau, que la dégradation des terres sur le flanc des Andes tend à accentuer. Les meilleures terres, planes, sont partagées entre de grandes exploitations d’élevage laitier (Santa Bárbara del Zulia). Paradoxalement, les pentes raides du bloc montagneux (souvent une vingtaine de degrés), aux orages violents, sont le domaine de petites exploitations vivrières. Sur le piémont des llanos, les accumulations d’alluvions sont aménagées en périmètres d’irrigation, surtout dans les États de Portuguesa et de Barinas. Certains, anciens, comme celui des Majaguas, mal conçus, continuent de poser des problèmes. Mais, dans l’ensemble, ces périmètres sont responsables du fort accroissement de la production de riz, tandis que la diminution de celle de maïs traduit la dégradation des terres des montagnes et des collines. Barinas s’est ainsi taillé un rôle régional, en partie aux dépens de Mérida. Barquisimeto, terminus du seul chemin de fer public du Venezuela, qui part de Puerto Cabello, est aussi une ville-champignon, dans une région semi-aride.

Le
plus vaste plan d’eau des Andes: 8.340 km² environ, 190 km
dans sa plus grande longueur et de 80 km dans sa plus grande largeur.
Situé à 3812 mètres, sous le 16edegré de latitude sud, il est
partagé entre le Pérou et la Bolivie.
Ses
plus grandes profondeurs (280 m) correspondent à un fossé tectonique orienté
nord-ouest-sud-est. Ses rivages sont variés: presqu’île montueuse de
Copacabana, côtes rocheuses au nord-est, baies comme celles de Puno ou de
Guaqui aux fonds occupés par des roselières, côtes plates et basses passant
aux plaines fluvio-lacustres de l’altiplano péruvo-bolivien. Son bassin
versant comprend l’altiplano du Nord et les plateaux de la puna, d’où
viennent les ríos Llave et Púcara tandis que son émissaire, le Desaguadero,
rejoint au sud le lac Poopo.
Situé
dans l’étage froid des Andes tropicales, sa température quasi constante de
11°C à 20 mètres de profondeur est égale à la température
moyenne de l’air, c’est-à-dire qu’elle n’est pas touchée par
l’ampleur des contrastes quotidiens (en saison sèche les gelées nocturnes
sont constantes, mais dans la journée la température dépasse 20°).
Les variations du niveau lacustre, de courte période (une dizaine d’années),
et d’une amplitude de 1 à 3 mètres, ont pour effet de dégager des plaines
lacustres ou en période de crue d’inonder les champs riverains. Elles reflètent
les variations de la pluviosité dans les Andes sèches.
L’actuel
lac Titicaca est le reste d’une nappe d’eau beaucoup plus étendue qui, au
cours des périodes plus froides et humides du Quaternaire, recouvrait une
grande partie de l’altiplano. Des témoins de cet ancien lac, dit Ballivian,
sont conservés sous la forme de hautes terrasses aux sédiments fins et lités.
Les
eaux fraîches et légèrement salées du lac ont une riche faune ichtyologique.
Cependant, les suches, l’espèce de poisson la plus représentative et la plus
pêchée, ont diminué lorsque les Anglais ont introduit à la fin du XIXesiècle
la truite.
Les
régions bordières du lac Titicaca restent parmi les plus densément peuplées
de l’Altiplano. Localement, les densités atteignent 100 habitants au km². À proximité du lac, en Bolivie, se trouvent les ruines de Tiahuanaco,
centre d’un Empire andin qui a duré du IXe au XIIesiècle.
Le temple de l’île du Soleil fut l’un des lieux sacrés de l’Empire inca.
À cette époque, les lisières du lac étaient peuplées par des ethnies
puissantes et nombreuses, comme celle des Lupaka, qui exploitaient les deux
flancs de la Cordillère. Bien qu’ayant diminué à la suite de l’impact
colonial, les populations des bords du lac ont fourni de gros contingents pour
le travail forcé dans les mines d’argent de Potosí. Les efforts d’évangélisation
se traduisirent notamment par la construction, par les jésuites surtout, de
grandes et belles églises comme celles de Julí, de Pomata et de Zepita.
La
population indienne actuelle parle deux langues: l’aymara et le quetchua. Des
restes de population uru, qui avaient leur langue et leurs traditions, ont
disparu au milieu du XXesiècle. Quelques familles qui se disent uru
(elles sont en fait composées d’Aymara refoulés) subsistent, installées sur
des îles artificielles édifiées en roseaux, dans la baie de Puno. Elles
vivent misérablement d’un peu de pêche, de la culture de la pomme de terre
sur terreau et des aumônes des touristes.
En
revanche, les bords du lac sont occupés par une paysannerie minifundiste
exploitant sur de très petites parcelles la pomme de terre, les oignons, la
quinuoa et l’orge associés à l’élevage (ovins et surtout bovins). Il
s’agit d’un élevage d’embouche sur des pâturages lacustres. Les animaux,
dans l’eau jusqu’au ventre, paissent les pousses des roseaux, consomment les
algues où s’accrochent de petits crustacés. Les paysans utilisent au mieux
les ressources du lac: les roseaux servent pour le fourrage, pour la confection
d’embarcations, les balsas, pour les toitures des maisons; la pêche et la récolte
des œufs des oiseaux d’eau procurent quelques ressources complémentaires.
Cependant, en hiver, les inondations peuvent détruire les champs et les
habitations dans les plaines; les gelées des intersaisons, les retards dans la
pluviosité compromettent souvent les récoltes et accentuent l’état de
pauvreté de ces populations, au fort taux de croissance et vivant à la limite
des possibilités écologiques de l’agriculture. L’émigration vers les
villes et les terres basses apparaît alors comme la seule solution.
Le
lac Titicaca fut atteint par la voie ferrée venant du Pacifique dans le dernier
quart du XIXesiècle. Des bateaux à vapeur naviguaient sur le lac
dans la seconde moitié du XIXesiècle. Bien qu’il soit longé par
des routes, des lignes régulières de bateau relient le port de Puno au Pérou
à celui de Guaqui en Bolivie. Le tourisme s’est développé.
L’utilisation des eaux du lac est régie par une convention passée entre le Pérou et la Bolivie.

